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BULLETIN MENSUEL

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SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

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MUSÉE” HISTORIQUE LORRAIN

Septième Année 1907

NANCY AU SIÈGE DE LA SOCIETÉE

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BULLETIN MENSUEL

DE LA

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

ET DU

MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN

Septième Année 1907

NANCY A. CREPIN-LEBLOND, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ 21, ruc St-Dizier (Passage du Casino).

1907

THE NEW YORK PUBEIC LIPPSRY SERERTEE

BULLETIN MENSUEL

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN

7: ANNÉE. NUMERO 1. JANVIER 1907.

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Procès-verbal de la Séance du vendredi 44 décembre 1906. PRÉSIDENCE DE M. QUINTARD, PRÉSIDENT.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Communications.

M. le Président donne lecture d’une lettre du D' Carton, président de l’Institut de Carthage, demandant à la Société d'archéologie lorraine une marque d'approbation pour l'œuvre de protection entreprise par l’Institut de Carthage en vue de sauvegarder les ruines de Carthage, menacées de disparaître sous les constructions d’une station hivernale projetée. La Société ne peut que s'associer à cette protes- lation.

Dans sa dernière réunion le Bureau a eu à désigner un membre de la Commission de rédaction du Bulletin, à la place de M. Germain ; son choix s’est porté sur M. Paul Denis, choix que ratitie la Société.

La Commission de rédaction du Bulletin se trouve donc formée de MM. Doyé, Paul Denis, Duvernov, Favier.

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Le Bureau soumet encore à l'approbation, aussitôt donnée, de la Société, la composition d'une Commission des excursions qui comprend alors : MM. le comte J. Beaupré, Bernard, Collesson, Coureur, P. Denis, Martz, P.-E. Masson, Ch. Sadoul.

Nécrologie.

Il est donné avis du décès de MM. Roger Chevalier et Albert Gérard.

Admissions.

MM. Drioton, Caspard, Blaise-Deroux et l’abbé Balland sont admis comme membres titulaires.

Présentation.

M. E. de L'Escale, 40, rue Blanche, Paris, IX‘, est pré- senté en qualité de membre titulaire, par MM. Charles Sadoul, Lucien Wiener et Pierre Boyé.

Au sujet des présentations, M. le Président rappelle que, suivant le règlement, le consentement verbal ou-écrit des trois parrains est exigé.

Ouvrage offert à la Société.

Un numéro de la Revu tunisienne, contenant le compte rendu de la fète donnée au théâtre romain « Pour Car- thage », le 29 mai 1906. (Envoi du Docteur Carton.)

Mélanges. Épigraphie gallo-romaine, sculpture et architec- ture médiévales, campanographie ancienne et moderne, par M. Jos. Berthelé ; Montpellier, Valat, 1906, inS de x- 629 p., avec figures.

Les corporations ouvrières dans les duchés de Lorraine et de Bar au XIVcet au XVe siècles, par Fmile Duvernoy, Nancy, Crépin-Leblond, 1907, in-4 de 40 pages à deux colonnes.

Edouard Piette (1827-1906), par M. Fischer, Rennes, Oberthur, s. d., in-8 de 34 p. avec portrait.

Déplacement des glaces polaires et grandes ertensions des glecicrs, par M. Édouard Piette, Saint-Quentin, Poette, 1906, in 8 de 36 pages. (Envoi de M. Fischer.)

Fibules pleistocènes, par M. Édouard Piette. (Extrait de la Rerue préhistorique, 1re année, 1906, 1), in-8 de 15 pages avec figures. (Envoi de M Fischer.)

Le chevètre et la semi-domestication des animaux aux temps pleistocènes, par M. Édouard Piette. (Extrait de l'Anchropo- logie, T. XVII), in-8 de 27 pages avec figures. (Envoi de M. Fischer.)

Lectures.

M. Quintard donne lecture de la notice de M. l’abbé J. Nicolas : Un repositorium gothique à Verneuil-le-Petit. Ce travail est transmis à la Commission de rédaction du Bul- letin, qui tiendra compte d'observations présentées par M. Germain.

Ensuite M. Quintard lit une Note sur un camée antique trouré à Metz, destinée au Bulletin.

M. Perdrizet expose le résultat de ses recherches sur La Vicrge de Maréville, et se rend au désir exprimé par la Société de voir ce travail figurer, avec les illustrations nécessaires, dans un prochain Bulletin.

VŒU ÉMIS PAR LE BUREAU LE 9 JANVIER 1907.

Le Bureau de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, considérant le danger d'incendie que fait courir au Musée historique lorrain le voisinage immédiat des bureaux de l'état-major du 20° corps d'armée et de ses écuries, émet le vœu que le Conseil municipal de la Ville de Nancy, au cas il négocierait avec l'autorité

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militaire le transfert de ces bureaux et de ces écuries, veuille bien examiner s’il serait possible de céder les bâtiments alors disponibles au Musée historique lorrain, dont les collections sont exposées dans des locaux devenus insuffisants.

Émet également le vœu qu'au cas la Ville de Nancy rentrerait en possession du palais actuellement occupé par M. le général commandant le 20° corps d'armée. le Conseil municipal étudie le projet du transfert des Musées de peinture et de sculpture dans ce palais. Répondant aux désirs exprimés maintes fois par les artistes et les archéo- logues, la Ville de Nancy aurait ainsi un musée digne d'elle et de la province.

Il est inutile d’énumérer les multiples avantages qui résulteraient du voisinage des différents musées, réunion qui formerait, dans un cadre de toute beauté, un ensemble vraiment unique.

MÉMOIRES

UNE TAQUE DE FOYER AUX ARMES DE JEAN DE LENONCOURT ET DE BARBE DU PUY DU FOU, SA FEMME, 1574

Dans une notice parue dans le Bulletin (190%, p. 268 et passim), qu'il consacrait à une taque de foyer aux armes de Bernardin II de Lenoncourt, datée de 1602, notre érudit confrère, M. Germain, nous donnait de nombreux et inté- ressants détails sur la maison de Lenoncourt, l’une des plus illustres de notre ancienne chevalerie. La taque en question présentait deux particularités : l'inscription, rétrograde, les lettres retournées, commenrait en bas à droite; le casque et son cimier faisaient face à droite, à sénestre pour parler le langage du blason. Là, sur une

taque de fuyer, il nous semble qu'il ne peut être question

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de «courtoisie héraldique », comme sür la belle sculpture sur ardoise conservée au Musée lorrain (Cataloque de 1895, Ile partie, 133) que mentionne aussi M. Germain. Nous croyons pouvoir expliquer ces particularités par une erreur de l’artiste chargé d'exécuter la matrice ou bien de faire un travail en relief destiné à fournir le moule par estampage (1). Pour s’en convaincre il suffit de regarder dans un miroir la reproduction de la taque donnée en hors texte par M. Germain, alors l'inscription est droite et les casque et cimier ne sont plus contournés. Cependant pour être impartial, disons que sur cette taque les sup- ports : griffon et lion, sont placés, le premier à dextre, le second à sénestre, comme sur la taque, non contournée, que nous allons décrire. Ceci à titre de simple indication, car sur une autre taque aux armes des Lenoncourt, datée de 14706, conservée au Musée lorrain sous le 1446 du Catalogue, édition de 1895, Ile partie, le lion est à dextre et le griffon à sénestre.

Cette taque, dont une photographie nous a été commu- niquée par notre confrère, le docteur E. Coliez, de Longwy, a été simplement mentionnée, mais non identifiée, dans la notice de M. Germain sur Une taque de foyer aux écussons de Jacques III de Busselot et de Judith (iauvain, sa femme (N VII: siècle) parue dans les Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc, 1897. C'est son moule,

(4) Un moule semblable, sculpté sur bols, destinéà servirde matrice, est conservé par M. René de Ladonchamps. Ce moule porte les armoi- ries de son alcul, Jacques-Henri-François Lefebvre de Ladonchamps, maréchal de camp, chevalier de Saint-Louis (1727-1815) et celles de Jeanne-Marguerite Amelin de Rochemorin de Beaurepaire, son épouse. Sur deux écus ovales, les armes des Lefebvre de Ladonchamps : D'or au cherron de gueules, accompagné en chef de deux aiglettes affron- tées de sable et en pointe d'un chêne de sinople ; ct celles des Amelin de Rochemorin de Beaurepaire : D'asur à trois croissants d'argent. Au-dessus, une couronne de marquis ; au-dessous, Ja croix de Saint- Louis. Deux aigles comme supports; le tout est surmonté d'un listél chargé de la devise : VOLABUNT ET NON DEFICIENT.

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conservé sans doute aux forges de Moyeuvre, qui a servi à couler, après modification des écussons, au moins trois taques (dont celle aux armes Busselot-Gauvain) que nous indiquerons tout à l’heure, toujours d’après M. Germain.

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De forme rectangulaire, elle mesure enviro: quatre- vingts centimètres de haut sur un mètre de large. Dans la partie centrale se trouvent deux écus accolés, l’un en forme d’écu français porte les armes bien connues des Lenoncourt : {a croir engrélée ; l’autre en forme de losange est chargée de trois mucles. Au-dessus des deux écus est posé de profil un casque à quatre grilles apparentes, orné de riches lambrequins qui réapparaissent en dessous des écus. Comme cimier : Une meule de moulin avec son anille, placée entre les deux ailes d’un vol aux armes, issant d'un bourrelet. Comme supports : un griflon à dextre et un lion à sénestre, posés sur un entablement.

Le cimier divise en deux portions la date : 1577 et dans

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les deux angles du haut sont placés deux écussons mi-par- tis aux armes décrites ci-dessus, d’une forme assez singu- lière dans leur partie supérieure, flanqués tous deux des lettres 1 et B, initiales des prénoms de ceux pour qui fut fondue la plaque, comme nous allons le démontrer quand nous en ferons l'identification.

La bordure est formée d’une double moulure et d’une rangée de denticules, sauf à la partie inférieure qui est fruste.

Cette taque nous a semblé intéressante, tant par la date de 1577 que par la personnalité présumée du possesseur, la maison de Lenoncourt ayant toujours occupé l’un des premiers rangs de Ja haute noblesse lorraine. L'identifica- tion nous fut rendue facile, à la fois par cette date elle- même et par les initiales flanquant les deux écussons mi- partis. C’est au frère cadet de Bernardin de Lenoncourt que se rapporte cetle taque.

Jean de Lenoncourt, second fils de Louis IT‘ du nom et de Catherine de Haraucourt, seigneur de Serres, est la tige de la branche des seigneurs de ce nom ({) qui s’éteignit en la personne de Marie-Françoise de Lenoncourt, décédée à Epinal en 1709, dernière de son nom, après avoir épousé Denis Sublet, comte d’Heudicourt {2) dont les enfants ont pris le nom et les armes de Lenoncourt.

Jean, guidon en la compagnie du duc de Lorraine,conseil- ler d'Etat, grand maitre de l'hôtel de Son Altesse, chef de ses finances, gouverneur de Villefranche (3) et bailli de Saint-Mihiel depuis le 14 octobre 1571, fut tué au siège de

(1) Consulter La CuesnavyEe-Desnois, Dictionnaire de la Noblesse, édi- tion Schlesinger 1863-1876, t. IX, p. 858. Rappelons simplement que Lenoncourt portait : D'argent à la croix engrèlée de gueules. Cimier et supports comme ci-dessus.

(2) Sublet d'Heudicourt : D'azur au pal bretessé d’or, maronné de sable ec chargé d'une vergette du même.

(31 Villefranche, Meuse, cant. de Dun, comm. de Saulmory.

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Stenay en 1591 et inhumé aux Minimes de Serres (1) qu'il avait fondés. Il avait épousé Barbe du Puy du Fou (2), fille de Jean, seigneur du Portail, en Poitou, bailli de l'Evèché de Metz et d'Isabeau de Beauvau (3). La maison du Puy du Fou, d’ancienne noblesse bretonne, portait : Île queules à trois macles d'argent, posées denr et une. Ce sont les armoi- ries que nous retrouvons sur l’écu en losange et sur la deuxième moitié du parti des écussons d'angle. De plus nous voyons que les lettres TI et B sont bien les initiales des prénoms des deux époux.

Dans le registre des sentences du bailliage de Vic pour l’année 1597, obligeamment communiqué par notre confrère, M. Duvernoy, archiviste départemental, setrouve mentionnée Barbe du Puy du Fou. Nous croyons devoir rapporter ce qui la concerne, car, à notre connaissance, il y a très peu de documents concernant cette branche lor- raine d’une maison bretonne.

138 recto, Du mecredy XXIX°octobre 1:97.

Noble homme Cœæsar Liégeois, conseiller, député commis- saire et le greffier.

« En la cause d’entre Jean Geoffroy, « maire du lieu de « Landanges (4) incidentamem acteur d'une part et hon-

(4) Serres, cant. de Lunéville-Nord.

(2) Consulter : Le simple crayon utile et curieux de la noblesse des duchés de Lorraine et Bar et des Evesrhés de Metz, Toul et Verdun, par Marnieu Hussox L'Escossois, 1674, à l'article « Lenoncourt de Serres ),

(3) Au Musée lorrain se trouve la statue et inscription funéraire d'Isabeau de Beauvau, femme de Jean du Puy du Fou, provenant de l’ancien couvent des Cordeliers da Vic (Catalogue, édition de 418%, Ile partie, 119). L'inscription, fort curieuse, a été reproduite dans le Journal, année 1859, p. 174.

(4) Landange, canton de Lorquin, ancien département de la Meurthe, dépendait autrefois de la seigneurie de Turquestein, mouvante de l'évêché de Metz, acquise au milieu du xv° siècle par Jean d'Hausson- ville, qui à la fin du xvrt siéele était parlagée entre les d Haussonville et les Marcossey. Consulter : Les seigneurs, le château, la châtellente et le village de Turquestein, par Henri Ler4AGe, dans les Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, 1886, p. 109 à 195.

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« norée dame Barbe du Puy du Foult, vefve de feu honnoré “« sieur Jean de Lenoncourt, bn son vivant maitre en « l'hostel de Son Altesse de Lorraine deffenderesse d'autre « déclarant ledict acteur la lettre de bailly à lui donnée « comme officier d’honnoré seigneur Jean, baron d’Haus- « sunville (1), seigneur dudict Landanges, estre mal adres- « sée à cause qu il est officier de Monsieur de Marcoussey (2) «et non dudict sieur d'Haussonville. Partyes ouyes en «ce qu'elles ont voulu dire et alléguer, messieurs les Cbaïlly (3), lieutenant et conseillers au Conseil du Baïl- «liage de l’Evesché de Metz ont dict la lettre du baïlly «avoir esté mal donnée. Ainsy l’ont dict et par droit. » Cette lettre du baïlli, adressée par erreur à Jean Geof froy, maire de Landange, en tant qu'officier de Jean baron d’Haussonville, tandis qu’il était officier du baron

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(41 « Jean d’Haussonville, troisième du nom, Baron dudit licu, d'Orne, de St-Gcorges et de Turquestein, Maréchal des Camps et Armées du Roy, (iouverneur ct Lieutenant général pour Sa Majesté à Verdun et Pays Verdunois, épousa Chrétienne du Chastelet, fille d'Ouiry du Chastelet, Chevalier, Seigneur de Deuilly et de Gerbéviller, et de Jeanne de Scépeaux. [l'est mort sans enfans, au mois de Juin 1607, ayant fait son Testament le 29 May précédent, et il est enterré en l'Église des Carmes de Gerbéviller. I fit l'adoption de Nicolas de Net- tancourt, Comte de Vaubécourt, son petit-neveu, par acte du 2 Juil- let 4605, pour la conservation de son nom ct de ses armes. » Voir AHis- toire de la maison des Salles, Nancy, Cusson, 1716, aux preuves page XXII.

(2) Probablement Gaspard de Marcossey, grand écuyer de Lorraine el bailli de Clermont en 1591, qui épousa Claude d'Haussonville. Cette dernière était fille de Jean d'Haussonville, seigneur d'Essey-les-Nancy, Haussonville et Tonnoy en partie, sénéchal de Lorraine et batlli de l'Evêché de Metz, arrière-grand-oncle de Jean d'Haussonville, III° du nom, mentionné ci-dessus. Mais comme LErAGE dans les Offices des duchés de Lorraine et de Bar nous apprend que le successeur de Gas- pard de Marcossey en la charge de bailli de Clermont fut nommé le 27 octobre de l’année 15597, rappelons que son fils fut Jean de Marcossey, seigneur de Going, Essey, Passavant, etc., bailli de Vosges et mari de Jeanne d'Amoncourt dont il n'eut qu'un fils unique : François, tué en duel à dix-sept ans, lc dernier de son nom en Lorraine.

(3) A cette “poque le baiili de l’'Evêché de Metz était Jean des Por- celets, seigneur de Mailhane et de Valhey, maréchal du Barrois, ateul de l'évêque et comte de Toul du même nom.

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de Marcossey, est sans doute celle qu'avait obtenue Barbe du Puy du Fou, à l’audienée du mercredi 24 octobre de la même année 1597, constatant qu’ « honnoré seigneur Jean d'Haussonville, seigneur de Sainct-Georges (1) », auquel elle avait intenté une action, « a esté proclamé et tombé en deffault pour la troisième fois » [Même registre, 145 recto).

Comme cela se produisit fréquemment, le moule de cette plaque de foyer fut utilisé dans la suite. Nous connaissons, grâce au travail de M. Germain mentionné en second lieu : une taque de la collection de M. Huyaux, marbrier à Nancy la date a été enlevée, les écus du milieu rempla- cés par ceux de France et de Navarre, la même modifica- tion a été apportée aux écussons mi-partis qui n'ont pas conservé leur première forme et sont surmontés de la cou- ronne royale ; puis la taque aux armes de Jacques III Bus- selot et de Judith Gauvain, sa femme, placées sur les deux écus du milieu,tandis que les écussons des angles sont restés mi-partis aux armes couronnées de France et de Navarre.

Enfin, sous le numéro 1472 de la deuxième partie du Catalogue du Musée lorrain, édition de 1895, nous retrou- vons cette même taque, toujours avec les deux écussons couronnés mi-partis France et Navarre. Les grands écus du milieu sont, celui de dextre avec des écartelures à peu près indéchifirables, une couronne et un collier d'ordre ; celui de sénestre aux trois fleurs de lys de France, mal ordonnées. Quelques fleurs de lys meublent les vides du champ de la taque. D’après le catalogue sus-mentionné, cette plaque de foyer serait « aux armes de Comes III de Médicis, grand duc de Toscane et Marguerite-Louise d'Orléans (1661-1723) ».

Ne voulant pas sortir de notre sujet et nous livrer à de longues digressions, nous nous en tiendrons là.

EpMoxp pEs ROBERT.

- (4) Saint-Georges, canton de Réchicourt-le-Château, ancien départe- ment de la Meurthe, dépendait aussi de la seigneurie de Turquestein,

LE MONUMENT FUNÉRAIRE MÉGALITHIQUE DU BOIS L'ÉVÈQUE (COMMUNE DE SEXEY-AUX-FORGES, MEURTHE-ET-MOSELLE).

Les travaux exécutés en 1905, au bois l’Abbéëé, avaient éveillé l'attention des gardes, et j'avais eu soin de les inté- resser à la question de rechercher s’il n'existait pas d’autres monuments funéraires dans la même région.

J'ai obtenu de M. Duchailly, brigadier des eaux et forèts à Villey-le-Sec, d’intéressants renseignements qui ont contribué à m’amener à une double découverte :

4 Celle d'une enceinte jusqu'alors inconhue, située sur l’éperon parallèle à la Moselle, et qui se termine au vallon, dont l'entrée se trouve vis-à-vis Villey-le-Sec, dans le bois l'Évèque ;

20 Celle d’un nouveau monument mégalithique, diffé- rant comme arrangement de ceux du bois l’Abbé.

Je m'occuperai dans cette note de ce dernier monument seul, l'enceinte devant être l’objet d’une étude particulière.

L'emplacement de ce gisement peut être ainsi précisé au moyen de la carte au 1/80000 : Suivre la route de Sexey-aux-Forges à Pierre-la-Treiche, pendant uu kilo- mètre à compter de la ferme Sainte-Anne, c’est-à-dire jusqu’à la bifurcation de cette route avec celle se dirigeant sur Villey-le-Sec, et marquée d’un trait d’une part et de l’autre par des points. La carte indique à cet endroit la limite communale : longer cette limite pendant environ 500 mètres en se dirigeant vers le Nord : on aperçoit alors le monument à l'Est, et contre le sentier. Celui-ci est peu marqué, parce qu'on n'y passe pour ainsi dire pas, en dehors du séjour des troupes au camp de Bois-l'Évèque.

Avant les travaux, on distinguait seulement une légère ondulation de terrain, de très faible relief au-dessus du sol forestier, mais d’où émergeaient quelques pierres plus ou moins enterrées, et cachées par les broussailles. Un examen attentif me permit de voir malgré tout, que ces

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pierres avaient primitivement constituer une chambre funéraire, mais qu'elles s'étaient inclinées les unes dans un sens, les autres dans un autre, par suite de l’action des intempéries, et peut-être aussi des tentatives faites pour Îles renverser.

Les broussailles et l'humus enlevés, il fut facile de se rendre compte des proportions du monument, et de l’état dans lequel il se trouvait.

Placé sur une butte de terre et de pierrailles de 0"60 à Om80 d'élévation, de forme ronde, et d’un diamètre de 8 mètres, il consistait en une chambre carrée, constituée par de grandes pierres disposées de champ, et mesurant à l’intérieur, environ #"90 de l'Est à l'Ouest, et 1m80, du Nord au Sud. Les parois avaient comprendre 22 pierres, dont 7 pour chacun des grands côtés, et # pour les petits

Les unes étaient encore en place, et intactes ; d’autres, cassées au ras du sol, avaient leur base en place ; d’autres avaient disparu. Ces dalles avaient été enfoncées en terre de O0M50 à 060, calées avec des pierres plates placées également de champ, et maintenues par d’autres pierrailles posées les unes sur les autres, mais sur leur plat, de facon à bien maintenir les matériaux de calage.

Voici quelles étaient Ics dimensions et l’état des dalles qui se trouvaient encore sur le gisement :

10 Parement tourné vers le Nord :

Première pierre (en allant de l'Ouest à l'Est). Encore en place, et intacte (hauteur au-dessus du sol 0m90 ; lar- geur OM80 ; épaisseur de OMIS à Om20)).

Deurième pierre. Encore en place, cassée au ras du sol, mais le morceau détaché fut retrouvé et rajusté (hau- teur O"SS ; largeur 0"70 ; épaisseur 0m20),

Troisième picrre. Encore en place, et intacte (hauteur

LAC

0w75 ; largeur 0"60 ; épaisseur 020). (Quatrième pierre. Arrachée, mais vis-à-vis son empla- cement, à l'intérieur de la chambre, se voyait une grande

15

dalle, longue de { mètre, large de 0"80 et épaisse de 020 à 028 : on en avait détaché un gros bloc qui fut retrouvé en dehors. Elle gisait à plat, et devait être la quatrième de la rangée, selon toutes probabilités.

Cinquième pierre. Encore.en place, mais cassée au ras du sol. |

Sirième pierre. Encore en place, et paraissant intacte (hauteur 095 ; largeur 0"80 ; épaisseur de 0"15 à 020).

Septième pierre. Encore en place, mais cassée au ras du sol.

2 Parement regardant le Sud :

l'remière pierre. Manque en partie.

Deurième pierre. En place et intacte (hauteur { mètre, -Jargeur 0"60 ; épaisseur 0"30).

Troisième pierre. En place, mais cassée.

(Quatrième pierre. En place, mais cassée.

(inquième pierre. En place et intacte (hauteur O"S:; ; largeur 0"50 ; épaisseur 0"40).

Parement regardant l'Ouest : il reste de ce côté une seule pierre haute de 0®85, large de U"60 environ. à

Parement regardant l'Est : aucune trace de pierres.

D'après cela, il est facile de voir combien de dalles ont aujourd’hui disparu, müais il est moins aisé de déterminer a quelle époque le monument a été détruit, et quand on à enlevé les blocs manquant.

I est à supposer déja que les bornes communales pla- cées le long du sentier n’ont pas d'autre origine : elles doivent ètre des débris de ceux-ci.

Les fouilles ont amené des découvertes peu importantes dans l’intérieur de la chambre.

En dessous de lhumus, c’est-à-dire à une profondeur de Om20 à Um25, on recueillit des débris de verre et des éclats de poterie romaine.

11) Les fouilles ont été faites en présence de mes dévoués collegues, MM, de Novital et Poirot,

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‘A 035, on mit à nu un pavage formé de pierres plates, analogue à celui des monuments similaires du bois l’Abbé : à sa surface on remarquait de petits cailloux également comme ceux du bois l'Abbé.

Sur ce pavage, gisaientsdans une mince couche de terre plus colorée, des débris osseux avant appartenu à plusieurs corps ; mais vu leur mauvais état de conserva- tion, il n’était pas possible ue se rendre compte s'ils se trouvaient suivant leur connexion anatomique.

Quelques dents, recueillies en groupe, permirent toute- fois de reconnaître l'emplacement de quatre cränes, aussi représentés par de menus fragments d'os.

Dans l'angle Nord-Ouest, contre la base de la premiere pierre, nous trouvämes deux pointes de flèches en silex. La première longue de 0"0%7, large de Om)2 et épaisse de On0Cs est de forme losangique ; la seconde est taillée de même, mais sa base, prise dans le bulbe de percussion, n'a pas été taillée ; elle forme une ligne droite parallèle äu petit axe. Ses mesures sont les suivantes: longueur 6032 ; l&geur au petit axe, 0"007 ; épaisseur 0"005 ; largeur à la base 0,01.

C'est tout ce qui restait des mobiliers funéraires primi- tifs, soit que ceux-ci aient été eux-mêmes très pauvres, soit qu'ils aient été pillés à une époque reculée, certaine- ment antérieure à l'époque romaine, puisque les témoins de celle-ci, verre et céramique, n'étaient pas mélangés aux ossements, et en étaient séparés par une couche de terre non remaniée. Ïl est à croire cependant que le monument avait conserver jusqu'aux premiers siècles de notre ère son aspect de tombeau, car, à ce moment, on avait placé quelques sépultures contre son parement regardant le Sud.

Celles-ci semblent avoir été au nombre de quatre, et du rite de l’incinération :

Première sépulture. Quelques os, à demi calcinés placés dans un vase rouge, à côtes, complet, mais fragmenté en

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une grande quantité de morceaux, par suite de la pression des terres.

Deurième sépulture. Les os sont déposés dans un éclat de poterie grossière.

Troisième s’pulture. Sur un pavage formé de cailloux vosgiens, on voyait un petit amas d'os, en partie brûlés, recouverts d’une terrine renversée, sur laquelle avait été mis un éclat de pot assez volumineux.

(Juatrième sépulture. Os à demi brülés, mêlés à des morceaux de verre ayant appartenu à trois vases, de formes différentes. Parmi ceux-ci, on remarquait un fond de bou- teille plat et carré. de coloration bleuâtre, très épais et brisé. sans doute intentionnellement, en plusieurs mor- eaux. Sur ce fond, on lit la marque du verrier TCLC se délachant en relief.

Dans le Corpus inscriptionum latinarum, on trouve l'indi- Calion de cette marque, relevée sur deux vases provenant de l'Ouest de l'Allemagne (1). .

Toutes ces sépultures étaient entourées de pierres desti- nées à les protéger, et formant autour d’elles des sortes de petits caissons, longs de 035 à 010 et hauts de 0"20 à 030. Elles peuvent ètre datées de la fin du nr° siècle.

En résumé, les fouilles du bois l'Évèque m'ont perinis de reconnaitre l’existence d’un nouveau monument méga- lithique funéraire en Lorraine, ce qui porte leur nômbre à trois depuis 1905, alors qu'on n’en connaissait encore aucun, avant nos travaux. {1 parait en outre acquis qu’on ne recouvrait pas toujours les chambres sépulcrales néoli-

Hi Coypus inscriplionum latinariom, T. NU, 3, 2, 10025, 73.

u. Unter-Turckheim Stuttgart ap. Konradum Miller.

£. Fundus vaseuli quadranguli (mus z. T.CL.C. B. IT.

a. Bobn deser, ed. Westd. Zeitsch. 23, 1904, Bach. Fundberichte aus Schuwaben 1, 1893, p. 7. T.CL.C.

6. Korher Mainser Inschr, p.113, 183 : Boh Coutulit. Cramer 165 ex Lindenschmitii apographo male expletum.

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Troisième sépulture. Sur un pavage formé de cailloux vosgiens, on voyait un pelit amas d'os, en partie brûlés, recouverts d’une terrine renversée, sur laquelle avait été mis un éclat de pot assez volumineux.

(Juatrième sépulture. Os à demi brülés, mélés à des morceaux de verre ayant appartenu à trois vases, de formes différentes. Parmi ceux-ci, on remarquait un fond de bou- leille plat et carré, de coloration bleuâtre, très épais et brisé, sans doute intentionnellement, en plusieurs mor- ceaux. Sur ce fond, on lit la marque du verrier TCLC se détachant en relief.

Dans le Corpus inscriptionum latinarum, on trouve l'indi- Calion de cette marque, relevée sur deux vases provenant de l'Ouest de l'Allemagne (1). ;

Toutes ces sépultures étaient entourées de pierres desti- nées à les protéger, ct formant autour d’elles des sortes de petits caissons, longs de 035 à 0®M40 et hauts de 0"20 à 0"30. Elles peuvent être datées de la fin du mr siècle.

En résumé, les fouilles du bois” l'Évéque m'ont perinis de reconnaître l’exXistence d'un nouveau monument méga- lithique funéraire en Lorraine, ce qui porte leur nonibre à trois depuis 1905, alors qu'on n'en connaissait encore aucun, avant nos travaux. Il parait en outre acquis qu’on ne recouvrait pas toujours les chambres sépulcrales néoli-

Hi Corpus inscriplionum latonarion, T.NHE, 3, 2, 10025, 75.

«, Unter-Turckheim Stuttgart ap. Konradum Miller.

B. Fundus vasculi quadranguli imus #. T.CL.C. 8. DT.

a. Bohn descr. ed. Westd. Zeitsch. 23, 190%, Bach. Fundberichte aus Schwaben 1, 1893, p. 7. T.CL.C. :

B. Kérber Maincer Inschr, p.113, 183 : Boh Coutulit. Cramer 16 ex Lindenschmitii apographo male expletum.

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thiques avec des dalles, mais probablement aussi avec des matériaux terreux ou ligneux, soutenus par des traverses en bois. Il est en effet difficile d'admettre que l’on ait pu arriver, à cette époque reculée, à se procurer des dalles calcaires, mesurant plus de 1"80, largeur constatée de la chambre du bois l'Évèque.

Au lieu de remettre les lieux en l’état ils se trou- vaient avant les fouilles, nous avons profité des bonnes et intelligentes dispositions du Génie militaire, dans le domaine duquel se trouve le bois l'Évèque, pour relever, autant que cela a été possible, ce monument qui est peut- être le plus ancien de notre région.

Il serait à désirer qu’une clôture soit installée autour. en attendant le résultat des démarches que nous avons entreprises pour sa conservation, car, dans l'intervalle compris entre notre visite du mois d'août et celle du mois d'octobre, on avait déjà trouvé moyen, comme il arrive toujours en pareil cas, de renverser plusieurs pierres et

d'en dégrader d’autres. | J. BEAUPRE.

UN IEPOSITORIUM GOTHIQUE À VERNEUIL-LE-PETIT.

La facade du presbvtère de Verneuil-le-Petit (1), dépour- vue de tout caractère architectural, offre pourtant une particularité inattendue. Au-dessus de la porte principale, He trouve, encastrée dans la muraille, une pierre aux sculptures gothiques, dont l'aspect appelle nécessaire- ment l’attention Nous primes d’abord ce morceau de sculpture pour une niche destinée à abriter une statuette ; et cela d'autant plus facilement que cette pierre présente une arcade en tiers-point sous laquelle se voit une petite statue de la Vierge. Mais l’un de nos amis, archéologue distingué autant que poète éminent (2), nous fit observer

(1) Canton ct arr. de Monlmédy, Meuse. (2) M. l'abbé Loraux, curé de Verneuil-le-Grand, officier d'Académie.

A9 2

que nous nous trouvions en présence d’un reposilorium ou tabernacle du moyen âge. Un examen plus attentif de l'æuvre, nous fit ranger de suite à cet avis.

IL.

Ce monument, formé d’une seule pierre dont le grain est assez fin et paraît très dur, mesure environ 1 mètre de hauteur sur 0"40 de largeur. Sur cette surface, sont sculptés en relief les détails que nous allons décrire.

Une ouverture en arc brisé, s’élevant à peu près jusqu’à mi-hauteur, forme la porte du repositorium Elle est enca- drée d’un gable couronné d’un large fleuron d’amortis- sement et décoré de chaque côté de quatre crochets de feuillage. Dans le tympan du gable, s’épanouit une rosace trilobée, dont deux feuilles se dirigent vers le sommet et une vers la base. Ce motif principal est accosté de deux panneaux très étroits, creusés d'arcatures géminées ayant aussi au tympan une petite rosace également trilobée, mais dont la disposition, à l’inverse de la rosace centrale, présente une de ses feuilles vers le sommet, et les deux autres vers la base. Ces panneaux sont aussi encadrés de gables, s’élevant à la même hauteur que le gable principal et, comme lui, s'épanouissant en un élégant fleuron. Leurs rampants sont toutefois privés de crochets : une ligne ver- licale gravée orne seule le milieu du gabie.

L'ensemble est surmonté d’une moulure peu saillante, en forme de corniche, qui sert de base à une rangée de créneaux au nombre de cinq : ce qui forme, pour le petit tdicule, un gracieux couronnement.

Dans la partie inférieure, on lit, gravé sous la porte, le millésime 1631 en chiffres arabes.

IT.

Que cet édicule ait servi de repositorium, le fait ne peut être douteux. L'ouverture ogivale était fermée jadis par une

20

porte probablement en fer : on distingue tres bien les traces des gonds et d’une serrure. Intérieurement, on aperçoit une couche de chaux ou de plâtre, dont les pro: fondes lézardes laissent deviner l'épaisseur. Il est visible qu'on n’a voulu laisser de place que pour une statuette. De l’armoire eucharistique on a fait une niche.

Les caractères particuliers à ce morceau de sculpture, tels que nous les avons indiqués, nous paraissent se rapporter au début du xv°siècle. Toutefois, c’est seule- ment à partir du milieu de ce siccle que, en Lorraine, dans les églises de moindre importance, et environnées du cimetière, les saintes espèces furent généralement conser- vées dans une petite armoire creusée dans le mur du chœur, le plus souvent à sa droite liturgique. La porte de cette armoire, souvent en fer forgé, ainsi que sa façade, étaient décorées suivant le goût du temps. Enfin, la paroi extérieure du mur présentait, au fond de l'armoire, une petite ouverture circulaire ornée de meneaux en forme de trèfle ou de quatre-feuilles, fermée par une grille de fer. Cette ouverture devant laquelle était suspendue une lampe allumée, rappelait aux fidéles la présence de l'Eucha- ristie, et sollicitait leurs adorations, tandis que la lumière se projetait sur le cimetière (1).

Ce touchant usage devait disparaître vers le xvne siccle. Alors de pompeux tabernacles en bois, en pierre ou en marbre, chargés de décorations inspirées par l'avènement du style classique, étrangères par conséquent à la piété, apparurent au milieu du maitre-autel. L'esprit de symétrie se déclarait satisfait. | Un tel changement s’opéra peu à peu, et, vraisembla- blement, la date gravée au bas du repositorium de Verneuil- le-Petit indique l’année où, avant cessé d'en faire usage

(4) Léon GEnMaix, Journal Soc, d'archéol. lorr., 4888, p. 78-79, et Les épitaphes de l'église d'Amance, p. 47-51 (extr. des Mém. de 1a même Société, 1899).

le

dans l'église, on l'encastra dans la facade du presbytère.

Le lRRituel de Verdun, imprimé en 1691, par ordre de Monseigneur Hippolyte de Béthune, n’a pas assez de mépris pour caractériser la pieuse et symbolique coutume adoptée par le moyen âge. L’évêque y ordonne aux curés de son diocèse, de conserver l'Eucharistie non « dans le trou d'une muraille », mais « dans un tabernacle posé sur le grand autel » (1). Une telle expression reste inexcusable, bien que l’usage général scivi en France, en Allemagne, en Italie, donnàât dès lors à l’évêque de Verdun, le droit d'imposer celte prescription. Observons toutefois, que la tradition romaine ne place jamais le tabernacle sur l'autel majeur. |

I nous a paru utile de faire connaître un monument qui, bien que modeste, n’en présente pas moins un réel intérêt, surtout dans une région les monuments de cetle sorte sont rares. À notre connaissance, il n’existe, dans le pays montmédien, que les magnifiques tabernacles pyramidaux d'Avioth et de Marville, un repositorium à Saint-Pierre- villers, un autre à Arrancy, qu’a signalé notre très érudit confrère, M. Léon Germain. Aucun ne remonte au-delà du milieu du xv° siècle. |

Tout en regrettant les changements opérés en 1631, nous saurons gré à leur auteur de nous avoir conservé le reposi- torium de Verneuil-le-Petit (2), car nous y voyons le pré- cieux vestige d’une tradition marchaïent de pair l’art et

la foi. J. NICOLAS.

(1) Rituel de Verdun, 1"° partie, p. 78. (2) L'église de Verneuil-le-Petit est un édifice du xn° siècle assez bien conservé.

CP

LE RO FRANÇOIS IT A RAR LE-DUC.

Aug. Digot nous indique (1} que « si l’on en croit les uis- toriens lorrains », le roi de France, Francois Ier, qui avait accepté d’être le parrain du jeune Francois, fils aïné du duc Antoine de Lorraine, serait venu en personne à Bar- le-Duc en 1517, pour tenir son filleul sur les fonts baptis- maux. On regrettera qu'il ne nomme pas ces « historiens lorrains » dont il s’est servi, et se contente, ici comme en bien d’autres places, d’une citation très vague. Il n'en est que plus nécessaire de vérifier son allégation, et la chose est facile depuis peu, grâce à l’excellent Catalogue des actes de Francois I°:', que publie l’Académie des sciences morales et politiques, et dont huit gros volumes in-4 ont actuelle- ment paru. Que l’on consulte le catalogue même des actes de 1517, ou les suppléments au catalogue imprimés dans les tomes V et VII, ou l'itinéraire du roi qui occupe une partie du tome VIII, la réponse est la mème : pendant cette année le roi réside ou voyage à Paris, en Normandie, en Picardie, sur la Loire, en Bourbonnais, mais il ne va pas en Lorraine, ni même dans l’est de son royaume, et les mentions de ses séjours sont assez nombreuses et rapprochées pour exclure toute pcssibilité de voyage dans cette direction. Ainsi le roi n'est pas venu au baptême de son filleul, et a se faire représenter à la cérémonie.

Ceci dit, nous noterons, d’une part qu'en cette année 1517, le roi a bien tenu un jeune prince sur les fonts, mais c'est un fils du fameux connétable de Bourbon, qui fut baptisé à Moulins dans les derniers jours d'octobre ou les premiers de novembre (2) ; d'autre part que s’il ne paraît point à Bar-le-Duc en 1517, il y séjournera plus tard et à trois reprises : du 22 au 27 janvier 1534, du 19 au 93 août 15395, le 23 octobre 1546 (les 21 et 22 du même mois, il était à Ligny-en-Barrois). L'itinéraire de Francois Ir, qui

(1) Hist. de Lorraine, t. IV, p. 22. (2) Catalogue, t. VIII, p. 536, note 1,

so

nous donne ces indications, nous montre aussi que ce prince n'est jamais venu à Nancy, malgré ses bonnes rela- tions d’amitié et de voisinage avec le duc Antoine, mais il a rencontrer ce prince à Bar-le-Duc qui avait encore le rang et les privilèges d’une petite capitale et le bon duc résidait volontiers. E. DUVERNOY.

CHRONIQUE

RESTAURATION A MONT DEVANT-SASSEY.

Notre confrère, M. Léon Germain, dans sa savante monographie du village de Mont-devant-Sassey (Meuse, canton de Dun). a décrit (1) la tombe du curé Henri Martel, en pierre d’ardoise, datée de 1446, et qui transportée au mépris de toute convenance dans une maison particulière, sciée en deux, y servait à des usages domestiques indignes. Nous nous plaisons à penser que ses observations ne sont pas pour rien dans le parti qu'ont pris les intéressés de restaurer ce monument ; cette louable entreprise lui est signalée dans la lettre suivante que lui adresse M. Farnier- Bulteaux, fondeur de cloches à Mont-devant-Sassey, et. qu'il veut bien nous communiquer :

« J'ai le plaisir de vous informer, et en méme temps la Société d'Archéologie, que la tombe de l'abbé Martel, curé de Mont au xv'siècle, et bienfaiteur de l’église, est enfin retournée à l’église, ce qui était sa vraie place. Cette heureuse restauration est due au zèle et à l’activité de notre curé, à l'amabilité de M. Louzier, architecte des monuments historiques, et à la complaisance du locataire de la maison où, comme vous le savez, cette tombe coupée en deux servait d'âtre dans deux cheminées différentes. C'est une belle pierre noire de grandes dimen- sions, environ 130 sur 1°20 et O2 d'épaisseur, cassée en deux parties a peu près égales ; il en manque un morceau d'environ 0*60 sur "20. L'architecte a fait sceller cette pierre contre le mur des bas-côtés entre le portail et le transept méridional, »

On ne saurait trop féliciter ceux qui ont eu l'initiative

(1) Mémoires de la Societé den lettres, sciences et arts de Bar-le- Duc, 1888, p. 59-61.

d'une restauration si intelligente,et ceux qui sacrifiant leurs convenances personnelles ont permis sa réalisation, et on

souhaitera qu’un si bon exemple trouve des imitateurs. CC CU CO QU QU QU QUO QU QU

MUSÉE LORRAIN

DONS.

Par M. le chanoine Simoutre : Cœur en plomb avec l'inscription suivante : « L de Clicot (1) le père, 1644 », hauteur, 22 centimètres. Cœur en plomb avec anneau de suspension. avec l'inscription : « F, de Clicquot le fils, 4666 », hauteur, 18 centimètres. trouvés dans le chœur de l’abbaye de Domevre.

_ Six médailles religieuses dont une du B. P. Fourier du xvir° siècle.

Par M. E. Bussière : Plaquette en argent frappée pour le XII Concours national et international de tir, Nancy, 1906, exécutée par E. Bussicre.

Par l’entremise de M. l’abbé Jérôme : Portrait de Mi: de Ville l’ainée, dessin au crayon rehaussé de couleurs. Por- trait de Mie Joséphine de Ville, pensionnaire aux Dames du Saint-Sacrement, miniature. Portrait de femme incon- nue, miniature

Petite balance pour monnaies.

Petite pelle en fer avec cœurs ajourés, faite par un habi- tant de Forcelles pour sa fiancée, qui s’en servait pour remuer les cendres du « couvot ».

Sceau de la première république avec l'inscription sui. vante : Mairie de Frenelle la Grande sous .... de Mire- court. »

Sceau avec l'inscription : « République francaise. Déparimt des Vosges. Municipalité de Frenelle la Grande. dist. de Mirecourt. |

Congé militaire du régiment de Royal-Pologne de l’année 1748.

Poire à poudre en cuivre avec sujet de chasse estampé.

Mouchette en fer et divers objets.

(4) Getle relique ne provient pas de Laurent Clicquot, le défenseur de La Mothe, qui mourut le 11 novembre 1646; on peut sans doute J'attribucr à son père, Léonard,

- Pour la Commission de rédaction, le President : L. QUINTARD.

+ oo + Met amp

L'imprimeur-gérant : A. Crérix-LEenLoxp, 21, rue Saint-Dizier, Nancy.

BULLETIN MENSUEL

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN

prenne eo emerS

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7 ANNÉE. NUMÉRO 2. FÉVRIER 1907.

Procès-verbal de la Séance du vendredi 14 janvier 4907. PRÉSIDENCE DE M. QUINTARD, PRÉSIDENT. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Communications.

La Société du Tarn-et-Garonne a envoyé ses souhaits en vers latins. M. Harmand veut bien en donner traduction.

M. le Président soumet à la Société la décision prise par le Bureau au sujet de l'échange de notre Bulletin avec celui de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le- Duc ; ainsi que la demande faite par M. le Conservateur de la Bibliothèque de la ville, du dépôt des 13 premiers volumes de « Romania » nous appartenant, qui complé- terait en partie une série se trouvant déjà à la Bibliothèque de la ville.

La Société accepte l’échange, ainsi que le dépôt demandé.

MM. Caspard, Drioton et Paul César ont adressé leurs remerciements au sujet de leur admission.

Admission.

M. E. de L’Escale est admis comme membre titulaire. J

j Présentation.

M. Séchehaye, conseiller honoraire à la Cour d'apiel. 4, rue de la Commanderie, est présenté en qualité de membre titulaire par MM. le comte de Warren. Albert de Novital et Edmond des Robert,

Ouvrages offerts à la Société.

L'Erposition de la Société d’apivulture de l'Est au con- cours international agricole de 190, par: AT. Henri Bernaril, Nancy, Imprimerie nancéienne, 1906, in-8 de 7 pages.

Les anoblis des ducs de Lorraine. Médecins et chirurgiens. par M. P. Pillement, Paris, H. Champion. 1906. in-8 de 58 p. avec 57 blasons dans Île texte.

Lectures.

M. Germain donne lecture d'une lettre qu'il a recue de \. Farnier, fondeur de cloches. concernant l'église de Mont devant-Sassey. Grâce à M.le Curé, à M. Louzier, architecte des Monuments historiques, et au locataire de la maison elle se trouvait, la pierre tombale d'un curé de Mont au xv° siècle, nommé Martel, à pu être remise en état et transportée dans l'église de Mont.

M. le Président prie M. Germain de remercier son cor- respondant au nom de la Societé,

M. Denis promet de prendre une photographie ou un frottis de cette pierre tombale. au cours d'un de ses voyages dans la Meuse.

M. Guvot commence fa lecture d'un mémoire de M. Pfister sur Nancy pendant les guerres de retigion de 1560 à 1591.

Ensuite M. Paul Denis donne communication de ses Notes sur quelques artistes toulois et sur le sculpteur Sünéon Drouin.

Ce travail est destiné au Bulletin,

0

AVIS IMPORTANT.

———

A sa dernière réunion, la Commission des fouilles a décidé d'inviter les personnes faisant partie de la Socicté qui connaitraient des gisements à explorer (tumulus. villa, etc.) à lui prêter leur bienveillant concours en indi- quant ceux-ci à M. le Président de la Société.

A ce propos, il est bon de rectifier l'erreur qui s'est glissée dans la liste des Membres composant la Commission des fouilles parue dans le dernier volume des Hémoires : les noms de deux d’entre eux ont été omis, sans doute parce qu'ils figuraient déjà dans la Commission précé- dente, celle des excursions. La Commission des fouilles comprend donc MM. Quintard, comte J. Beaupré, Bernard. Drouet. Goury, Lefebvre, Martz, P.-E. Masson. Maure. de Novital, Poirot.

MÉMOIRES

NOTE SUR DEUX EXEMPLAIRES DE LA «© NANCÉIDE ) IMPRIMÉES SUR VÉLIN.

On ne connaît que deux exemplaires imprimés sur vélin ‘de la Nanc-ide de Pierre de Blarru.

L'un se trouve à la Bibliothèque nationale (vélins, 1076). l’autre à la Bibliothèque publique de Besançon (n° 65310). Tous les deux sont fort beaux ; les figures sur bois ont été coloriées à la main et ces enluminures présentent un cer- tain intérêt, notamment pour les couleurs du blason.

En tète de l’exemplaire de Besancon est inscrite une note anonyme et insérée une lettre de Van Praet en origi- nal. M. Pfster a bien voulu copier pour moi ces documents qui nous fournissent diverses indications utiles à consigner ici.

Avant la Révolution, ce précieux volume était la pro- priété du couvent des Cordeliers de Neufchâteau, qui en savaient le prix. Il provenait d’un don fait à cette maison par un certain Tabourin. Tel est du moins le nom que l’on déchiffre en lisant la signature que porte le feuillet blanc précédant le titre. Elle est placée au bas d’une note manus- crite du donateur ainsi rédigée :

Je soubscript ai donne ce pnt libvre à la Bibl. des r‘* Peres

Cordelicurs de Neufchasteau.

La note inscrite en tête du volume va maintenant nous renseigner sur son histoire depuis qu'il est venu enrichir la bibliothèque des Cordeliers. Cette note est anonyme, mais on peut affirmer qu’elle est de la main de l’ancien conservateur de la Bibliothèque de Besancon, M. Coste, qui la dirigea de 1792 à 1812. Il n’y a à cet égard aucun doute pour le conservateur actuel, M. Gazier, à qui je dois ce renseignement, et qui a comparé l'écriture de la note anonyme avec celle de Coste.

Celui-ci rapporte donc que Robert, adjoint depuis aux conservateurs de la Bibliothèque nationale, ayant été chargé par le Cardinal de Brienne de parcourir différentes biblio- thèques pour y faire des acquisitions de livres. découvrit cet exemplaire {{).

Très désireux d’acquérir un ouvrage qu'il considérait

(11 IT n’hésita pas à y voir celui qui avait été dédié au duc Antoine. L'exemplaire de dédicace est mentionné ainsi dans l'inventaire de la bibliotheque de ce due : eUng libvre en parchemin, imprimé, bistorié, couvert de satin de Bruges vert, intitulé : Opus de bello Nanceyano ». F. de CnaxTeau, Collections lorraimes aux XVI< et XFII° siècles

(Extrait des Mémoires de la Sncieté d'archéologie lorruine pour 1SS0), p. 47, n“ 22.

_ 99

comme unique, il fit prix avec les Cordeliers qui s’enga- gèrent à le lui céder pour cinquante louis. Mais au moment le marché allait être conclu, le prieur du couvent éprouva des scrupules ÎIl voulut, avant de s’en séparer, examiner de nouveau le livre, et ne put se décider à cette séparation. Il rompit le marché en donnant pour raison que vendre un livre provenant d’un don fait à cette mai- son, c’eût été manquer à la mémoire du donateur.

Comment, quelques années après, cet exemplaire sur vélin de la Nancéide se retrouve-t-il à Azerailles, près de Lunéville, dans la bibliothèque de dom Fleurent (1), ex- bénéaictin ? C'est aux héritiers de celui-ci que Coste l'achète en frimaire an II, avec une partie de sa biblio- thèque. Il suppose que ce volume aura été pillé par l’ex- bénédictin ou par quelqu’un des Cordeliers de Neufchâteau qui le lui aura ensuite remis, lorsque ces moines furent expulsés, au commencement de la Révolution.

Une fois acquis par Coste, le livre entra à la Bibliothèque de Besançon pour n’en plus sortir, malgré les efforts tentés pour l’en tirer au profit de la Bibliothèque nationale.

Le savant bibliophile Van Praet, conservateur des impri- més dans ce dernier établissement, avait appris par Robert l’existence «le cette Nancéide sur vélin. Comme il recherchait activement tous les livres imprimés sur vélin (il en devait plus tard publier le catalogue), il voulut voir l'exemplaire, le seul connu alors, que possédait Coste, et lexamina de concert avec son collègue PARDSFONMIE en juillet 1803 (thermidor an XI).

Robert, qui depuis vit aussi cet ouvrage, le reconnut pour être le même qui avait appartenu autrefois au cou- vent des Cordeliers de Neufchâteau. Du reste, le feuillet blanc portant la mention du don fait à ces moines, et la signature du donateur, ne laissaient aucun doute à cesujet.

if: Ou Fleureux,

Coste, à la note duquel j'emprunte ces détails, poursuit

en ces termes :

« Vivement pressé par les conservateurs de la Biblio- thèque Nationale de céder cet ouvrage pour le précieux dépôt qui leur est confié, je refusai les offres pécuniaires qui me furent faites, mais je consentis enfin à faire le sacrifice de ce livre et à l’échanger contre une suite de médailles impériales romaines en or, dont je supposai qu'on avait plusieurs doubles.

« Le Ministre de l’intérieur (M. Chaptal), à qui cela fut proposé {fin de thermidor an XT) et à qui on envoya la liste des médailles demandées, autorisa cet échange. Mais M. Millin, le conservateur des antiques, voyant avec regret que l’on prenait dans son dépôt le prix d'un objet qui devait enrichir un autre dépôt, ne le dissimula pas, et je profitai de cette circonstance pour ne pas ter- miner cet échange ct consommer le sacrifice, préférant conserver une pièce unique à d'autres qui, quoique rares et d’une valeur intrinsèque réelle, se trouvent cependant dans d’autres cabinets. »

Ce livre demeura donc à la Bibliothèque de Besançon. Il

est mentionné en ces termes dans le Catalogue imprimé de cette bibliothèque, Belles Lettres. 1846, rédigé par Ch. Weiss. bibliothécaire de cette ville depuis 1812 jusqu'à 1866, savant bibliophile et ami de Nodier : « 2127. Pet. de

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Blarrovivo Nanceidos. In pago Nicolai de Portu, per Petr. Jacobi, 1518. in-fol., fig. col. V.

Exempl. sur vélin.

« Cet exemplaire, qui vient de la bibliotheque des Cor- deliers de Neufchâteau en Lorraine, a longtemps passé pour unique. Dans les dernières années de sa vie, le savant et zélé M. Van Praet eut le bonheur d'en décou- vrir un second exemplaire que la Bibliothèque possède maintenant. »

Or. ce second exemplaire sur vélin., acquis par Van Praet,

se trouvait également à Besançon. C’est un fait assez curieux que les deux seuls exemplaires connus imprimés sur vélin, de la Nancéide, aient à un moment donné été réunis dans une mème ville. Toutefois cette coïncidence semblera moins bizarre si l’on songe qu'il y avait à Besan- con, dans la première moitié du xix° siècle, des biblio- philes savants et passionnés et que Weiss était le centre d'un groupe de connaisseurs très éclairés. Nous savons le nom de celui qui avait eu la bonne fortune de mettre Ja main sur ce second exemplaire sur vélin. C’élait Bruand, Conseiller de Préfecture du Doubs, qui donna, en 1822, à la Bibliothèque de Besançon, une importante série de médailles,

avait-il acquis cette Nance de? Aucun indice ne per- met de le dire. Sur l’exemplaire de la Nationale, il n’existe pas de note manuscrite, et la reliure, en velours rouge, u a aucun Caractire.

C'est en 1821 que Bruand entra en négociations avec Van Praet, en vue d'un échange qui fut accepté. La lettre suivante nous fournit des indications à ce sujet :

Paris, Le 4 juillet ES2L. Monsieur.

J'ai l'honneur de vous prévenir que j'ai à ma disposition un exemplaire de la seconde édition de la description de l'Égypte dont il parait 11 livraisons de planches. Si vous êtes encore dans l'intention de céder à la bibliotheque du Roi le Nanceïdos opus sur vélin que vous m'avez offert par votre lettre du mois d’avril dernier pour un exemplaire de l'ouvrage sur l'Égypte. vous pouvez regarder cet échange comme accepté de ma part, et recevoir dès à pré- sent les livraisons qui ont déjà paru. À mesure que les autres seront mises au jour, je m'engage à vous les trans- meltre par la voie que vous voudrez bien m'indiquer.

Agréez les nouvelles assurances de la considération tres

distinguéeavec laquelle je suis, Monsieur, votre très humble serviteur. Van Praet. Adresse : à Monsieur Bruand, Conseiller de Préfecture à Besançon.

Tels sont les renseignements que j'ai pu recueillir sur ces deux exemplaires de Ja Nancéide imprimés sur vélin. Je serais heureux que quelqu'un de nos lecteurs fût en mesure

de les compléter. ALBERT COLLIGNON.

SIGNIFICATION DU MOT ( RAYEUX ) EN LORRAINE.

En Lorraine, il y a une multitude de parcelles de terre, qui portent l’appellation de rayeur. J'ai rencontré cette dénomination dans la circonscription territoriale de plus de cinquante localités : celles on ne la trouve pas, forment probablement l'exception. Rien n'est plus facile que de s'en rendre compte : il suflit de jeter un coup d'œil sur le plan cadastral qui est conservé aux archives muni- cipales de toutes les communes de France. Soit dit en passant, à en juger par les travaux publiés par notre Société, ces plans cadastraux sont des mines qui parais- sent n’avoir pas été assez explorées jusqu’aujourd’hui.

À certains, ils fourniraient matière à d’amples études philologiques ; à d’autres, ils livreraient des indications précieuses pour retrouver l’emplacement de quantité de villages et de fermes, mentionnés par les documents médiévaux, mais aujourd’hui complètement oubliés.

D'ailleurs, une remarque analogue a déjà été faite au point de vue particulier de l’étude du celtique, par Ernest Desjardins, membre de l'Institut, bien connu par ses immenses recherches sur l’onomastique des temps gallo- romains. Selon ce savant, il faudrait dresser un inventaire

34 >

universel des lieux-dits, en faisant un triage de tous les noms qui ont une apparence celtique, sauf à l’épurer avec le temps : on aurait ainsi un répertoire des plus riches et des plus précieux. « La toponymie des champs. dit-il, a été plus à l’abri de la christianisation que celle des villes et des bourgades: or l’immense nomenclature des fonds de terre de France doit recéler les plus nombreux souve- nirs de l’ancienne langue de nos aïeux. C'est un dépouil:- lement à faire en entier. Il n’a pas même été entrepris avec ensemble, savoir et méthode (1). »

Le mot rayeux n'est sans doute pas aussi ancien que les termes qui intéressaient Ernest Desjardins ; néan- moins son usage fréquent au moyen âge pour désigner un fragment de territoire, ou même quelquefois une ferme, comme c’est le cas à Rosiéres-aux-Salines, à Amenon- court (en Meurthe-et-Moselle) ; à Moyemont, au Tholy, aux Granges-de-Plombières (dans les Vosges) ; à Niderhoff (dans l’ancien canton de Lorquin) ; son usage fréquent, dis-je, suppose qu'à l’origine il avait une signification courante.

Quelle était cette signification ? Je n’ai trouvé ce terme dans aucun des dictionnaires d’ancien français que j'ai pu consulter ; par exemple dans le grand Dictionnaire de Frédéric Godefroy ; dans le Lexique publié par MM. Bon- nard et Salmon ; dans le Glossaire de La Curne de Sainte. Palaye ; dans le Glossaire publié par les continuateurs el éditeurs de Du Cunge. Cetle omission réitérée me fait conjecturer que ce mot est lorrain : et cette conjecture acquiert d'autant plus de vraisemblance, qu'on n'est pas plus heureux en faisant des recherches dans les Diction- naires topographiques, pourtant si détaillés, des différents départements de France : du moins mon enquëte, qui s’est portée sur vingt-quatre départements, n’a eu partout qu’un

141 Géographie historique el administrutire de la Gaule romaine, LL If, D. 585-586.

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résultat négatif en dehors de notre région lorraine. D'autre part, l'explication du mot rayeur dans les anciennes chartes de notre pays ne se rencontre que très rarement : en faisant appel à tous mes souvenirs, je crois ne l'avoir remarquée qu’une seule fois. Aussi cette exception m'a paru digne d’être signalée,

C’est un régent des écoles de Bayon au xiv° siècle, clerc- notaire de la cour de Toul, qui nous fournit le rensei- gnement désiré. En 1342, il rédige un contrat par lequel de nombreux habitants de Froville prennent à titre d'acen- sements plusieurs terres du prieuré de Froville Pour plus de clarté, ils s'exprime en latin et en français de la facon suivante :

« .….Predicti homines de Frovilla ceperunt, et retinue- runt, amodiaverunt, gallicè ont acensié, omnes pariter et quilibet eorum pro se de sancla Dei ecclesia et beate Marie Virginis de Frovilla... quedam noralia, gallice raieur, Cita (sita) in banno et finagio dicte ville. » (Arch. dép. de M.-et-M., H. 166.)

Ainsi au xivt siecle, rayeur raieux élait l'équivalent de norale, terra noxalis, Ce dernier mot, nous est bien connu : il désignait un terrain nouvellement deéfriché, ou le champ dont l’exploitation agricole élait si récente, qu'avant elle, personne ne se souvenait de l'avoir vu en culture. On lit dans Du Cange. article notale : Petrus Cres- centius Nb. IT de agricult. cap. IN : « Ager, qui novalis ab antiquis Sapientibus vocalur, est duplex : unus quidem qui primum ad cultum redactus cst : aller autem ad quem. inlerposiltis quibusdam quietibus, necesse est suam redire novilatem, sicut est ager qui duobus annis seminatur, in tertio quiescit. »

Ainsi, d'apres cet auteur, la terre qui etait de nouveau remuée après un an de repos dans le systéme d'assolement triennal, était aussi appelée novale.

Ce sont ces terres novales (dans la première acception du

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mot) qui, aux xvu® et xvine siècles, ont été de vrais « nids a procès », entre les curés et les moines.

D'après le droit commun, en effet, les dimes des terres novales appartenaient au curé de la paroisse à l’exclusion des gros décimateurs du reste du territoire.

Or, quelles étaient ces terres réservées ? Il y avait des héritages qui avaient été tellement transformés et démem- brés dans le cours des âges, qu'il était presque impossible d’avoir conservé le souvenir de leurs premières limites. Beaucoup de titres de propriété avant disparu au milieu des guerres, il fallait s’en rapporter au témoignage des vieillards qui souvent n'étaient pas d'accord. C'était une matière si embrouillée, que Louis XV dut prendre une inesure générale pour toute l'étendue du royaume, par l'édit de mai 1768 {1). |

Après ces considérations, on peut se demander quelle était l’origine du mot rayeur. 1l dérive vraisemblablement du mot raie, synonyme de sillon.

Rien de plus naturel que de donner le nom de rayeux a un terrain naguère inculte, qui présentait désormais l'aspect d’un champ rayé par la charrue ; comme on dit d'apres leur configuration, d'un chemin, qu'il est tortueux, montueux ; d’un quartier qu’il est anguleux. Le mot raie, vient lui-même par emprunt du bas latin raia, qui a le mème sens que iga. Pour être juste, je dois ajouter que riy& a été employé souvent dans un sens moins étroit. Selon Fustel de Coulanges (2), c'était simplement une bande de terre cultivée sur la portion du domaine réservée au seigneur. Selon M. Pfister, le mot riga était souvent opposé au mot crouda. Crouda (corvée) désignait le labou- rage fait en commun par tous les tenanciers sur les terres seigneuriales ; et riga, le labourage d'une certaine quan- tité de terres, imposé à chacun individuellement.

(1) Recueil des Ordonnances de Lorraine, t. XI, p. 343. (2: L’Allen et le domaine rural, Paris, 1889, p. 259,

op

« Cette différence, dit il, a été indiquée avec beaucoup de précision par Benjamin Guérard dans ses admirables prolégomènes au Polyptyque de l'abbé Irminon (1). »

En. CHATTON.

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LES ARMOIRIES DE L'ABBAYE DE SAINT-BENOIT-EN-WŒVRE.

Arthur Benoit publia, à trois reprises, dans notre Jour- nal (2), des notices sur les armoiries de quelques monas- tères lorrains ; tantôt il donnait comme références l’Armo- rial général de 1696 (3), tantôt d’autres documents tels que les sceaux et les ex-libris. Il commit cependant au moins une erreur (4) en décrivant les armoiries de l’abbaye de Belchamp (5), d’après l’ex-libris gravé par Houat, car il confondit les armoiries de l'abbé Charles Massu de Fleury (6) avec celles de l’abbaye figurant sur le même écusson, lesquelles peuvent se lire : de gueules, au chef cousu d'azur chargé de trois étoiles d’or. Voir fig. 1.

Nulle indication n'était donnée dans les articles précités ni dans l’Armorial général sur les armoiries de J’abbave cistercienne de Saint Benoit en-Woëvre Lapaix, dans son Armorial des villes, bourgs et villayes de Lorraine en fait bien une description, mais erronée, ainsi que l’établirent nos recherches, dont nous allons donner le résultat.

L'abbaye de Saint-Benoît en-Woëvre, autrefois Barroiïs

(li danales de UES(, 1888, p. 522 et ISSN, p. 529 cHercenus de la Collégiale de Sant-Dre cu stécler,

12) Journal, 1872, p. 163 et 165%: 1873, p. 116 à 120: 1897, p. 185 à 187.

3 L'Armorial genérul de 1696, continué les années suivantes, ne contient pour la Lorraine, rendue à <on souverain légitime par le traite de Rvswick en 1697, que des renseignements de peu de valeur.

4 Erreur relevée dans l'ouvrage de MM le comte A. de ManuEr et Ed. des RorrrtT : Æssar de repertorre des ex-libris et des fers de reliure des bibliophiles lorrains, p. 229.

‘) Belchamp, arrondissement de Lunéville,

16; Massu de FrEury : D'asur à trois croix fleuronnées, «au pied fiché, d'argent, accompagnées en cour d'une étoile d'or.

non mouvant, au diocèse de Metz, sur les confins de celui de Verdun, dont fait maintenant partie le village (1) auquel elle donna naissance, fut fondée au xu° siècle. Elle recut

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A houat Lune fs Fig. 1.

d’abord des Bénédictins, remplacés bientôt par des Cister- ciens venus de La Chreste (2); exempte au spirituel de la

({) Saint-Benoit-en-Woëvre, village sur l’Yron, à 6 kilomètres à l'Est de Vigneulles-les-Hattonchâtel (Meuse). (2) La Chreste, deuxième fille de Morimond, au diocèse de Langres,

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juridiction épiscopale et relevant directement du Saint- Siège, elle fut toujours considérée comme la première fille de La Chreste, filiation de Morimond (1).

Au xvu siècle, le trente-huitième abbé, Jacques: Francois Collenel entreprit la reconstruction du monastère, à quelques centaines de pas à l'Ouest des anciens bâtiments dont il ne reste que d'insignifiants vestiges. Les nouvelles constructions subsistent encore. sauf l’église abbatiale détruite à la Révolution, et servent d'habitations à plu- sieurs particuliers. Leur aspect imposant et la riche déco- ration de certains appartements, expliquent facilement que les revenus de l’abbaye furent engloutis dans cette reconstruction et que les dettes atteignaient vers 1775 la somme rondelette de 178,117 livres (2).

Notre confrère, le Docteur Coliez, de Longwy, posses- seur d'une importante collection de taques de foyer, nous avait communiqué, il v a quelques années, la photographie d'une certaine taque, que nous reproduisons ci-contre (voir fig. 2) en nous priant de l'identifier. Nous y avions reconnu aux deuxième et troisième quartiers les armoiries des Collenel, mais n'avions pu expliquer avec certitude celles qui figuraient sur les premier et quatrième : trois roses. N'ayant pas trouvé semblable blason parmi ceux que portérent les ascendants de Jacques-Francois Collenel, abbé de Saint-Benoit-en-Woëvre de 1740 à 1754, fils de Charles-Francois et de Marie Huguet (3) et petit-fils de Jacques Collenel, de Neufchäteau, époux de Marie Séart,

(1) Morimond, quatrième fille de Citeaux, au diocèse de Langres. Consulter à ce sujet le tableau de la filiation de l'abbaye Notre-Dame de Morimond, aux notes et pièces justiticatives de l'Histoire de l'abbaye de Morimond, par l'abbé Dunuois, édition, Dijon, 1852.

(2) Consulter le Pouillé du diocèse de Verdun, par Fabbé GiLLANT, T. Hi, p. 706 à TIR, et les Ruines de la Meuse, par Dumont, T. Il, p. 267 à 311.

(3) Huocrver : D'asur à trois têtes de licorne arrachées d'argent, posées deux et une.

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anobli le 11 décembre 1701 {1), qui avait recu les armes suivantes : D'or à deuc cherrons de gueules crénelés d'azur, armes des Séart auxquelles furent ajoutés deux roses de queules, boutonnées d'argent en chef et un croissant d'azur en pointe, nous aurions volontiers vu dans ces {rois roses le propre blason de l'abbaye, d'autant mieux que, visitant en 1905 l'ancien monastère, nous avions remarqué en maints

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Fig. 2, endroits : sur le fronton, au-dessus de certaines chemi nées, sur d’autres taques de foyer et enfin sur la pierre tombale de Dom Collenel, les armoiries écartelées que nous venons de décrire. Souvent en effet des abbés firent représenter les armes de leur abbaye, soit accolées aux leurs, soit sur des quar-

(1) Voir Dom PELLETIER, p. 160.

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tiers, soit sur un parti de leur blason personnel (1. Mais, dans le cas particulier, ce qui nous arrétait était l’article de l’Armorial, de Lapaix, nous voyons donner comme armoiries, à notre abbave : un dectrochère tenant une crosse abbatiale, cantonné aur premier et quatrième d'une étoile à sir rais : Aur second et troisième d'un croissant ; indication reproduite par les auteurs qui depuis se sont occupés de Saint-Benoit-en-Woëvre : M. Albert Jacquot, dans son tra- vail sur Un bas-relief ignoré (2), M. l'abbé Gillant, dans le Pouillé du diocèse de Verdun. Cet emblème : un dextrochère tenant une crosse, généralement accompagné d'étoiles ou de croissants, est fréquemment employé sur les contre- sceaux des monastères et dans le cas qui nous intéresse il se trouve au revers des sceaux de notre abbaye dès le xine siècle (3). À moins qu’il n’ait été pris plus tard comme blason et mis dans un écusson pour servir d'armoiries à l'abbaye, nous ne voyons guère comment Lapaix à pu se croire autoriser à faire lui-même semblable opération. Mais n'ayant pas nous même la preuve de ce que ces trois roses fussent bien l’emblème héraldique du monastère. nous nous en étions tenu à ces réflexions.

Dans le courant de 1906, nous avons été assez heureux pour découvrir un ex-libris anonyme (voir fig. 3) que nous eùmes vite fait d'identifier grâce au blason bien reconnais sable des Alliot: D'asur à la Jasce d’or chargée à dertre d'un croissant de sable et accompaynée de quatre quintefeuilles d'or posées trois en chef et une en pointe, qui se trouvait aux deuxième et troisième quartiers de J’écu, tandis qu’aux premier et quatrième nous retrouvions les trois roses en

(4) Par exemple : les abbés de Belchamp, d'Étival, de l'Étanche. Voir dans l'ouvrage de MM. le comte A. de ManvurT et Ed. des RoBrnr, mentionné plus haut, p. 110, 198, 228.

(2) Extrait de la Rennaon des Sociétés sarantes des départements, année 1881. |

(3) On trouve de ces sceaux aux Archives de Meurthe-rt-Moselle : B. 48%, 13: 519, 48° liasse, 12: GK, n°9; 583, n°2: 5%, 61 ; 028, 1; 796, n°8 ; 147, n°8 : 837, 86 ; 872, 11.

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question, cette fois les émaux indiqués : elles étaient d'azur sur champ d’or

Or, le successeur de Jacques Collenel, et par suite le trente neuvième et dernier abbé de Saint-Benoît, fut Sta- nislas-Catherine Alliot, fils de l’intendant de Stanislas, filleul du roi de Pologne (certains prétendent qu'il lui

tenait de plus près), nommé en 1761 et dépossédé par la Révolution.

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Fig. 3. Ex-libris de Stanislas Alliot, 39° et dernier abbé de Saint-Benoit.

Par le rapprochement de ces deux documents, nous croyons avoir établi que les armoiries qui se retrouvent aux premier et quatrième quartiers du blason des deux derniers abbés de Saint-Benoît-en-Woëvre sont bien celles de ce monastère, que nous pouvons maintenant décrire avec certitude : D'or à trois roses d'azur, posées deur et une.

EnMoxp DES ROBERT. &

BÉATRIX DE CUSANCE ET LA FAMILLE HUYGENS.

Béatrix de Cusance, princesse de Cantecroix, la femme de campagne de Charles[V, comme l’appelaient ses contem- porains, est surtout connue pour son humeur aventureuse, belliqueuse même, pour ses hardies chevauchées avec les troupes lorraines, pour ses allures d’amazone sans peur, sinon sans reproche. On scra peut-être surpris d'apprendre qu’elle fut en relations suivies et tout à fait amicales avec une grave famille hollandaise de diplomates, de lettrés et de savants. la famille Huygens, et que la correspondance de celle-ci {1}, ordinairement orientée vers les sujets les plus sérieux ct les plus ardus, nous fournit sur cette prin- cesse quelques renseignements non négligeables qu'il nous paraît à propos de relever ici.

Disons d’abord que le chef de la famille à cette époque était Constantin Huygens, à La Haye le 4 septembre 1596, mort dans la même ville le 28 mars 1687. A la fois homme d’État et poète, il fut le secrétaire et le conseiller de plusieurs stathouders, et chargé de missions diploma- tiques délicates ; d'autre part, ses poésies latines et néer- landaises furent assez goùtées de ses compatriotes pour avoir plusieurs éditions. Christiaan, le célèbre mathéma- ticien, qui découvrit l'anneau et un satellite de Saturne, appliqua le pendule aux horloges, recut une pension de Louis XIV etentra dans son Académie des sciences, est son second fils ; il naquit à La [ave le 1% avril 1629 et ÿ mourut le 8 juin 1695. Un autre fils, beaucoup moins connu, avait recu le prénom paternel de Constantin.

(1) Œuvres complètes de Christiaan Huygens, publites par la Suciélé hollandaise des Sciences, La Have, Nijhotf. 1888-1905, 10 vol. in-4. Ces dix volumes parus ne comprennent que Fa correspondance, de 1638 à 165. Elle est complète, et on v trouve aussi celle du pere et du frere de Christiaan. Ces curieux documents nous ont été signa- és par notre confrère, M. Blondlat, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, que nons remercions pour cette indication.

A la date du 12 août 1655, ce dernier écrit à son frère Christiaan, alors en France, une lettre reproduite au t. I, p.383 des Œuvres complètes, et nous lisons ceci : « Mon voyage de Brabant a été parfaitement divertissant, et l’on nous a fait grand acceuil partout... Chez mademoiselle de Lorraine (1) surtout nous avons esté très bien receus. La princesse sa fille (2) est devenue fort grande, elle a beau- coup d'esprit et je n’ay guère veu de filles mieux eslevées quelle ». Pas un mot, on le voit, du pauvre Charles IV, qui avait été arrèté par les Espagnols dix-huit mois aupu- ravant, et élait enfermé à Tolède depuis près d’un an.

Quelques années plus tard, le 22 avril 1660, Constantin Huvæens père écrit à Béatrix elle-mème une lettre qui est au t. I], p. 67-72, lettre adressée à « Madame la duchesse de Lorraine », avec la suscription « Votre Altesse », et qui est presque familière, sans cesser d’être respectueuse ; il y raconte le mariage de sa fille, Suzanne (3), qui s'était fait l'avant-veille, le 20. Le récit en est long, détaillé, et fort libre. On s'étonne de voir de pareilles plaisanteries sous k plume d’un pere, d’un diplomate et d’un citoyen de la “rave et très calviniste Hollande. Mais Constantin écrivait sa lettre en français, et estimait peut-être, à l'encontre de Boileau, que cette langue brave l'honnêteté. En passant, il adresse un compliment assez bien tourné à sa belle corres- pondante : « la dance, dit-il, s’entama ; et de toutes celles qui suivirent après les Bransles, celle qui se nomme la duchesse se trouva la plus belle, ce qui me fit croire que c'estoit de celle de Lorraine qu'elle avoit emprunté le uom ». Nous n’en dirons pas davantage sur cette lettre qui ne nous apprend rien d’intéressant au sujet de Béatrix de Cusance, ét montre seulement sur ‘quel ton gaillard et

‘li Beatrix de Cusance. ,

2) Anne, née en 1629, épousera en 1660 le prince de Lillebonne.

‘3 Alors âgée de vingt-trois ans. Constantin Huygens avait quatre fils et une seule fille.

même grivois cette noble dame permettait à ses amis de lui écrire.

Une troisième lettre, au mème tome. p. 190-192, et datee du 25 novembre 1660, est écrite encore à Béatrix par le imême Constantin père, avec l'adresse « À madame de Lorraine ».'C'est une causerie à bâtons rompus sur toutes sortes de sujets. Le passage suivant nous parait seul digne d’être relevé : «Il est vray, Madame, que ce prince (1) vous traicte quasi de mesme qu’on le traicte à Paris, et ainsi l’une longueur cause assez légitimement l’autre, et ina patience s’y accommode jusque là, mais elle m’eschappe. quand je voy qu’on m'’escrit de Paris que nostre bizarre Altesse persisteroit tousjours à demander une des niepces du cardinal (2), sur quoy certain prélat avoit dit à cest Eminence : quest vechio in ogni modo vuol un pezzo di carne Mazarina. Je croy que Vostre Altesse entend si sou- vent de ces bruits, qu’elle me pardonnera bien que je luy debite franschement ce que j’en scay ; mon auteur est mou fils Archimcéde (3), qui est à Paris, et l’a sceu de la bouche d’un autre prélat, son amy : j'avoy gourmandé ce garçon de ce que, passé à Mons, il avoit manqué de faire la révé- rense à Vostre Altesse, mais il me répond, pour excuse assez raisonnable, qu'ayant eu grandissime envie de se donner cest honneur, il en avoit esté destourné parceque le matin, comme il devoit partir avec sa compagnie, il apprit que Vostre Altesse n’y estoit arrivée que le soir d’auparavant, et bien tard (4), de sorte que son office n’eust pu estre nommé qu’incivilité ».

On sait que Charles IV avait eu le temps d'oublier la pauvre Béatrix dans son long emprisonnement à Tolède. de 1654 à 1659, et aussitôt relâché, avec sa légèreté coutu-

(1) Le duc Charles IV.

(2) Mazarin. | (3) Surnom de Christiaan Huygens, le grand mathématicien. t#) C'était le 23 octobre 1660.

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mière, il s'empressait de folätrer autour de femmes plus jeunes. Agé de cinquante-cinq ans, et fatigué par ses cam- pagnes et par sa prison, il méritait assurément l'épithète de vieux (vechio) qui lui donne le prélat interlocuteur de Mazarin. Il ne revint jamais à Béatrix, et celle-ci mourut,eu partie de chagrin, le 5 juin 1663 (1; Nous aimerions savoir quelles réflexions cette triste fin inspira à la famille Huvgens ; par malheur, sa correspondance est muette sur l'événement : chaque tome de cette publication très soignée se termine par une table des noms de personnes cités dans les lettres, et le nom de Béatrix de Cusance, princesse de Cantecroix, non plus que celui du duc Charles IV ne figu- rent dans la table du tome IV qui contient les lettres des années 1662 et 1663. E. DUVERNOY.

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CHRONIQUE

LES LE MOINE, ARCHIVISTÉS AU XVIII SIÈCLE.

La revue Le Biblioyraphe moderne de 1906 (2) contient une longue et érudite étude de M. Maurice Lecomte sur Pierre-Camille Le Moine, et sur son fils, Claude Jean- François, deux savants diplomatisies de la fin de l’ancien régime, qui tous deux travaillèrent longtemps en Lorraine et y rédigèrent entre autres les inventaires des titres de la Cathédrale de Toul, de Saint-Gengoult de Toul, de la col- légiale Saint-Georges de Nancy, du chapitre de Ligay-en- Barrois et de la seigneurie de Champenoux. Ces inventaires trés détaillés et fort exacts existent encore et sont d’une grande utilité aux chercheurs. Dans la même revue, p. 235- $, MM. Duvernoy, de Nancy et Jadart, de Reims ont placé

(1) Haussonviee, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, édition, t. IH, p. 159. 4 Paris, A. Picard, in-8, p. 14-84.

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des notes complémentaires au travail de M. Lecomte : M. Jadart nous apprend que Pierre-Camille est mort le {er avril 1800, juge de paix à Reims; nous ignorons par contre ce qu’est devenu son fils pendant la Révolution, à quelle date il est mort, et les renseignements qu'on pour- rait nous envoyer à cel ésard seraient les bienvenus.

Parmi les thèses des élèves sortants qui ont été soute- nues à l'École des Chartes en janvier 1907, nous relevons celles de M. Charles Chevreux, le fils de l’ancien archi- viste des Vosges : Formation et constitution d'une cité épis- copale de l'Est, Épinal (983-1444).

Dans le catalogue de novembre 1906 de la librairie Ernest Dumont est mentionné un document particulière: ment intéressant : 4713, LORRAINE (Antoine, duc de) dit /# Bon Puc Antoine, en 1489, mort en 1544. Lettre signée aux conseillers et présidents de sa Chambre des Comptes de Bar. Nancy, 26 janvier, 1 page petit in-folio, 15 fr.

Il les invite à chercher dans les Archives de la Chambre des Comptes de Bar, s'ils trouveront quelques lettres ou apparence que la terre et seigneurie de Gondrecourt soil des fiefs du roi à cause de sa comté de Champagne.

US DS nt À ne Re ee RS 0 te A des eue em

BIBLIOGRAPHIE P. PizceuENxT. Les Anoblis des durs de Lorraine médecins el chirurgiens, Paris, HE Champion, 1906. inS de

JS payes.

Études médico-historiques sur Léopold, duc de Lorraine, ct

«a famille, Nancy, 1907, in-8 de 26 pages.

La première de ces deux brochures résulte de l’amicale collaboration de deux de nos confrères, M. le docteur Pillement, cour le texte, M. Edmond des Robert pour les nombreux blasons intercalés dans le texte. Elle leur fait

honneur à tous les deux. Une courte introduction nous explique que, daus l’ancienne Lorraine, les médecins rece- vaient très aisément la noblesse. et qu’une fois anoblis, ils pouvaient continuer leur profession sans déroger ; au contraire, la chirurgie étant considérée comme un art inférieur, ou même comme un métier manuel, ses adeptes obtenaient moins fréquemment des lettres de noblesse. Parmi les 1992 anoblissements Jlorrains relevés par MM. Lepage et Germain. on ne trouve que {8 chirurgiens contre 31 médecins. Ces 55 anoblissements sont classés dans l'ordre des dates, depuis 1483 jusqu'à 1765 (avec table alphabétique à la fin pour faciliter les recherches: ; dans chaque notice, nous avons les nom et prénom du titulaire, une brève indication des services qu'il a rendus, quelques détails biographiques et généalogiques, quand on a pu en réunir, la description et le dessin de son blason. Certaines de ces armoiries sont emblématiques de la fonction, par exemple, trois urineaux d'argent (p. 9), trois colombes tenant dans leur bec un rameau d'olivier (p.39), cequi devait inspirer confiance aux malades, un serpent tenant en sa “ueule un pavot :p. 55). Les renvois aux ouvrages et docu- ments consultés sont nombreux et marqués très exac- tement : on ne devrait pas, semble-t-il, louer ni mème siynaler ce soin, tant il paraît élémentaire, mais, en fait, nombre d’érudits oublient de donner des références, ou les donnent mal, et la perte de temps est grande pour ceux qui viennent après eux et veulent se reporter aux sources. Cet ennui sera épargné aux lecteurs du présent travail, qui fait partie, nous allions oublier de le mentionner, de la Bibliothèque historique publiée par une revue de Paris, la France médicale.

La seconde brochure traite d'un sujet plus curieux encore, et de plus de portée pour l'histoire, la pathologie du duc Léopold et des siens. Ce genre d’études est très en vogue, surtout depuis la publication en 1903 du livre

d'Augusle Brachet sur Louis XI et ses ascendants. M. Pille- ment définit le tempérament du prince, sanguin à l’excès, ce qui le prédisposait à des congestions, soit du cerveau, soit des poumons ; il rapporte l’opération de la fistule qu'on lui fit en 1722, puis sa mort, d’une péripneumonie, en 1:29. Passant à la duchesse, il nous renseigne sur ses nombreuses couches -— elle eut quatorze enfants puis aborde le triste chapitre de la petite vérole qui s’attaqua à presque tous Jes enfants de Léopold, et en enteva quatre. En passant, il nous renseigne très exactement, d’après les comptes ducaux, sur les honoraires fort élevés donnés aux médecins, accoucheurs, gardes-malades, apothicaires, ete. dans toutes ces occasions : ces métiers étaient alors lucratifs, à condition de soigner des Altesses, et ceci inte- ressera tous les lecteurs de la fevue médicale de l'Est, ce travail a paru.

Rappelons ici que M. le docteur Pillement a déjà consa- cré à l’histoire médicale de notre pays les brochures sui- vantes : en 1903, L'ancien hopital Saint-Julien de Nancy, et L'enseignement de l'obstétrique en Lorraine ; en 1904, La prostitution en Lorraine. et L hygiène et les maladies à Nancy en 1770: en 1905, Histoire de la médecine légale en Lorraine. Attendons de lui d’autres travaux encore sur ces matieres difficiles qu'il est plus à même que personne d'étudier à fond. E. DUVERNOY.

MUSÉE LORRAIN

DONS.

Par Mme la comtesse d'Ollone : Un coffre en fer forgé, panneaux peints, du Xvi‘ siecle ;

Une clé ancienne en fer ;

La ('ronicque de Philippe de Commines, Paris, Galliot du Pré, 1946, in-S rel. v. ant.

——————— ————

our la Com: misston de réduction, le Président : L. QUINTARD..

L'imprimeur-gérant : LAS : CRÉPIN- LEBLOND, : 21, rue Saint-Dizier, Nancy.

BULLETIN MENSUEL

DE LA

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

ET DU

MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN

ns pes

7e ANNÉE. NUMÉRO 3. MARS 1907.

=

Procès-verbal de la Séance du vendredi 8 février 1907. PRÉSIDENCE DE M. QUINTARD, PRÉSIDENT. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. Communications.

M. le Président dépose sur le bureau le volume des Mémoires pour 1906.

Le Bureau a décidé que dorénavant le vote sur les candidatures présentées aurait lieu par bulletins.

M. le Président donne communication de la circulaire de M. le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux- Arts, annonçant que le 45° congrès des Sociétés savantes s'ouvrira à Montpellier le mardi 2 avril. Pour bénéficier des réductions habituelles, les demandes devront être adressées à M. le Président avant le mars.

M. Grenier remercie de l’envoi du volume à lui adressé, fait savoir que M. Perdrizet remettra de sa part un ouvrage destiné à la bibliothèque de notre Société et annonce que l'École française de Rome a accepté l'échange de ses Mélanges avec nos publications.

À)

90

La Fédération historique et archéologique de Belgique vient de faire parvenir l'invitation à assister au Congrès qui se tiendra à Gand du 2 au 7 août.

M. le docteur Carton a envoyé le programme des fètes qui doivent être données le mardi de Päâques sur le théâtre antique de Carthage.

Nécrologie.

Il est donné avis du décès de M. le colonel de Vienne, membre de l'Académie de Stanislas et de notre Société.

Admission. M. Séchehaye est admis comme membre titulaire.

Présentations.

Sont présentés comme membres titulaires : M. le général de Lardemelle. 7, rue du Mancvge, par MM. Quintard, de Landrian et de Mont ; M. Joseph Berthelin de Doulevant, %, rue des Loups, par MM. le comte de Warren, de Novital et Edmond des Robert; le vicomte Jehan de Hennezel d'Ormois, 16, vue de Chaillot, Paris (XVI:), par MM. Edmond des Robert, de Novital et Goury.

Ouvrages offerts à la Société.

A crarers la Belgique, par Emile Badel, imp. E. Thomas. Malzéville, 1907, petit in-8 de 154 pages.

Le parc de Saurupt, hier, aujourd’hui, demain, par Emile Badel, établissements Royer, Nancy, s. d., in8 de %5 p., liyures dans le texte et plan.

Note sur un camee antique trouvé à Met:, par L. Quintard. (Extrait du Bulletin, 2 p. in-S avec planche.)

Léon Vidal, membre d'honneur de la Société lorraine de photographie (1833-1906), par V. Riston, imprimerie Edg. Thomas, Malzéville-Nancy, 1906. (Extrait de 8 pages in 8.)

il

Eugène Génin, ayrégé de l'Université, professeur au Lycee de Nancy (1836-1906), par M. l’abbé Pierrefitte, Epinal, imprimerie Henry Fricotel, 1906. (Extrait de 8 p. in-K.)

L'évargéliaire d’Erkanbold, érèque de Strasbourg (xe siècle), par Dom G. de Dartein, Rixheim, imprimerie F. Sutter et Cie, 1906. (Extrait, 58 p. in-8.)

Tableau de Nancy et de la Lorraine pendant le règne de Léopold (1697-1729), par Chr. Pfister, Saint-Dié, typographie C. Cunv. (Extrait, 110 p. in-8.)

Etudes médico-historiques sur Léopold, duc de Lorraine. et sa famille, par le docteur P. Pillement. (Extrait de la Revue médicaie de l'Est, 1907, de 26 p. in-K.)

Lectures.

M. Edmond des Robert donne communication d’un tra- vail intitulé: Les armoiries de l'abbaye de Saint- Benoit-en- Worcre. Ce travail est destiné au Bulletin.

M. Parisot achève la lecture du mémoire de M. Pfister sur: Nancy pendant les querres de religion, de 1560 à 1591. La Société en vole Pimpression dans le prochain volume des Heémoires et nomme pour en former la Commission de révision MM. P. Denis, Duvernoy et R. Parisot.

TS CS CU 0 US QU US US à

MÉMOIRES

NOTES SUR BOUILLON, ORVAL, AVIOTH ET MOUZON.

Une suciété d'archéologues belges donne, depuis long- temps déja, aux suciétés françaises, un exemple qui méri- lerait d'être plus suivi.

Tous les ans en effet, dans le courant du mois de septembre, la (rilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc, fondée à Gand il y a une cinquantaine d'années, organise une excursion collective, d’une durée de huit à dix jours, au

cours de laquelle sont visités et étudiés successivement un certain nombre des anciens monuments de la Belgique ou de la France, voire mème de l’Angleterre et de l'Allemagne. Tournai, Louvain, Liége, Tongres, Douai, Lille, Amiens. Chälons, Laon, Reims, Soissons, Aix-la-Chapelle, Cologne, Oxford. Londres, Cantorbéry, et d’autres villes encore, ont reçu la visite de ces pélerins de la science archéologique. Le bulletin qu’ils publient chaque année contient le récit, fort intéressant, de ces excursions à travers l’Europe ainsi qu'une précieuse série de monographies très fouillées des édifices les plus célèbres élevés au cours du moyen âge. C'est du reste plus spécialement vers cette période que s'orientent les études des membres de la Gilde.

Le dernier volume de cette société, paru au mois de décembre 1906 (1), doit particulièrement intéresser les archéologues lorrains. Il contient en effet, une suite d’études consacrées à des monuments d'une région que bien des points de son histoire rattachent à la nôtre et qui fit mème, à une époque assez éloignée il est vrai, partie intégrante de l’ancien royaume de Lorraine. Un de nos confrères, M. Léon Germain de Maidy, s'était joint à quel- ques-unes des excursions faites en territoire français et l'on trouve, en différentes parties des comptes rendus, de judicieuses observations présentées par lui au cours des discussions, |

Du 5 au 10 septembre 1904, la Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc tint ses assises à Florenville, petite localité située à quelques lieues de notre frontière et d’où il était relativement facile de rayonner en tous sens. Les confrères, au nombre d'une trentaine, visitèrent successivement Saint-Hubert (Luxembourg), le château de Bouillon, les

(4) Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc. Bulletin de la trente- huitième réunion. Soc. de Saint-Augustin, Lille-Bruges, 1906, petit in-4 de 15% pages avec nombreuses gravures et planches hors texte.

53

ruines de l’abbaye cistercienne d'Orval !Belgique), les églises d’Avioth (Meuse) et de Mouzon {Ardennes).

Rien n'est plus intéressant que le récit vif et animé de ces excursions et des séances qui les suivaient chaque soir, chacun échangeait ses impressions, disait librement son mot, cherchant à résoudre, ou tout au moins expli- quer, certains problèmes archéologiques posés par les maitres de l’œuvre de ces vieux monuments. Quelques-uns, malgré les savantes remarques auxquelles ils ont donné lieu de la part de gens très expérimentés en ces matières, restent encore, je dois le dire, quelque peu indécis.

D'excellentes monographies, accompagnées de planches nombreuses et d’un réel mérite artistique, accompagnent les comptes rendus des séances. Le château de Bouillon, entre autres, est étudié par M. Édouard Lagasse, un maître pour lequel l’ancienne architecture militaire n’a plus aucun secret. Il s’est plu à relever et à signaler toutes les particularités de la vieille forteresse, d’où le paladin Godefroid de Bouillon, futur roi de Jérusalem, partit, en 1095, pour la première croisade, après avoir cédé son duché aux princes-évêques de Liège. |

Taillée en partie dans le roc vif, l'antique citadelle, que j'eus le plaisir de visiter moi-même un jour, se dresse, fière et imposante encore, au milieu des collines boisées, reflétant dans le petit cours d’eau (1) qui la contourne, ses murs crénelés tachés de mousse et de lierre. Bâtie, dit-on, en 733, elle a passé par bien des vicissitudes et bien des transformations ont modifié son aspect primitif. « Les âges l’ont marquée de leur empreinte pour la fortifier ou l'affaiblir, pour la relever ou la ruiner. Depuis les comtes de Bouillon au 1x° siècle jusqu'aux Hollandais du xixe, elle fut à la merci des temps. Il est à remarquer que la civilisation lui fut dure !... »

if) La Semoy, rivière du Luxembourg, qui prend sa source près d'Arlon ; aMuent de la Meuse.

L'auteur de Ia monographie d’Orval, un peu trop suc- cincte à mon gré, a caché modestement son nom. Je le regrette. Il a su, en quelques lignes, signaler tout ce que les ruines si pittoresques de la vieille abbaye dont les fondements furent jetés, en 1070, par des bénédictins cala- brais qui ramenaient au tombeau de ses ancêtres la dé- pouille d’un comte de Chiny renferment de curiosités archéologiques. Des religieux augustins succédérent aux fils de saint Benoit et achevcrent les bâtiments conmmencés par leurs prédécesseurs. L'église, consacrée en 1124, offrait un des plus beaux modèles du style appelé de transition:

L'abbave était entièrement bâtie lorsque saint Bernard, sur la prière du comte Albert de Chiny. y installa ses moines. Ils y demeurérent, avec des fortunes diverses, jusqu’en 1792. C'est alors que le général Loyson en fit pour ainsi dire le siège, mettant tout à sac pendant huit jours. Vitraux, joyaux, meubles, ornements, manus- crits et livres, furent enlevés ou consumés dans des bra- siers allumés dans les cours ; puis l'incendie dévora les bâtiments. Le canon à son tour renversa ce qui demeurait encore des antiques murailles que venait de rajeunir un peu trop luxueusement peut-être l'abbé Étienne Scholliès. Il ne reste plus aujourd’hui que des pans de murs habillés de lierre, des chapiteaux ensevelis sous les hautes herbes, quelques arcades d'une superbe envo lée de la nef et du transept de l'église (D, des amorces de voñtes, des füts de colonnes dont chaque hiver voit diminuer le nombre des assises. L’archéologue trouve cependant dans ces ruines, poétisées par Paul Féval dans ses Érrants de nuits, et l’on peut évoquer à l'aise les échos de l'antique prophétie, de nombreux sujets d'études: la trace visible des efforts tentés par le constructeur pour

Ce

Ai Elle mesurait 72 metres de long sur 22 de large el était précé- dée d'un narthex, de style ‘rhénan, surmonté d'une large tour.

ne

s'affranchir du plein cintre et lancer vers le ciel la pointe encore écrasée de ses ogives. | |

M. Joseph Casier a rédigé sur l’église, encore bien peu connue d'Avioth, l'étude la plus complète et la mieux rai- sonnée que j'ai vue jusqu’à ce jour. Son travail. enrichi de nombreuses reproductions, doit être cité comme un modéle du genre. Aucun détail des différentes construc- tions parfois singulièrement enchevêtrées ne lui a échappé et toutes les particularités intéressantes qui se rencontrent dans ce curieux édifice sont soigneusement notées et mises en lumière. Je ne le suivrai pas dans ses savantes dissertalions, pas plus que dans celles plus au point peut-être encore qu'il consacre, dans le même volume, à l’église de Mouzon. Il s'attache surtout à signa- ler les rapports de similitude qui existent entre cette église et la cathédrale de Laon, particularité rarement signalée jusqu'ici, dont j'avais été moi-même vivement frappé au cours d’une visite faite il y a quelques années.

Ces derniers édifices, Avioth et Mouzon, n'étant pas, en somme, fort éloignés de Nancy, je souhaite vivement que la Société d'archéologie lorraine y organise, au cours de la saison prochaine, deux excursions qui permettraient de les étudier à fond. Les travaux de nos collègues de Bel- gique deviendraient alors pour nous des guides précieux el tout indiqués, dont nous pourrions mieux encore appré- cier Ja valeur et la haute portée scientifique.

Parz DENIS.

RAR RRRS PRLPRPRRRR ER RAR

BREVET DE PORTIER DU PALAIS DUCAL EN 10698.

Parmi les offices secondaires de la maison des ducs de Lorraine. signalés très sommairement par H. Lepage (1), figure la charge de portier de la Cour et du Palais. Pour cetemploi, un brevet était délivré au postulant qui présen-

(1) Mém. de la Soc. d'archeol. lorr., 1869, p. 339-343.

ne

tait des garanties de probité et de capacité. La pièce dont nous donnons la copie, et qui fait partie de notre collection est intéressante parce qu’elle nous apprend la date exacte de la rentrée du duc Léopold dans ses États. La nomination est faite par le comte de Carlinford, grand maître d'hôtel de Son Altesse, en faveur de Louis Hézard, barbier-perru- quier, à la date du 28 juin 1698. C’est une pièce de parche- min carrée (30 centimètres à peu près dans chaque sens), portant la signature et le cachet armorié de Carlinford. Le procès-verbal de prestation de serment du nouveau fonc- tionnaire, écrit au revers du brevet, est signé par M. de

Mahuet de Lupcourt, secrétaire d'État. L. WIENER,

François comte de Carlinford, consciller d'Etat de Sa Majesté Impé- riale, mareschal de camp général de ses armées, grand maître de l'hostel de Son Altesse Sérénissime, surintendant de ses finances ct chef de ses conseils, etc. L'office de portier de la cour et palais de Sadite Altesse à Nancy étant présentement vacant par le décès de (1) Cachet, dernier possesseur d'iceluy, et le bien du service de Sadite Altesse requerrant d'en pourvoir une personne fidelle, diligente et capa- ble de s’en bien acquitter, Nous, sur le bon et loüable rapport qui nous a esté fait que ces bonnes qualitez se rencontrent en celle de Louis Iezard, barbicr perruquier demeurant audit Nancy, Avons en laditte qualité de Grand Maître à iceluy donné et conféré, donnons et confé- rons par cestes ledit office de portier de la cour et du palais de Sadite Altesse de sa ville de Nancy pour doresnavant et jusqu’au bon plaisir d'icelle, l'avoir, tenir, posséder cet en faire les fonctions aux droits, honneurs, franchises, profils et émolumens y appartenans ct en dépen- dans, et tels et semblables dont a joùy, deub et joüir de droit ledit Cachet et autres ses devanciers audit office à cause d'iceluy, et aux gages qui seront cy après reglez sur l’estat de la maison de Saditte Altesse, en conséquence de quoy Mandons à tous les officiers dudit hostel qui sont sous nostre charge, qu'après que ledit Louis Hezard aura presté le serment en nos mains en tel cas requis, ils, et chacun d'eux endroit soy ayent à le reconnoitre en laditte qualité de portier de la cour et palais de Nancy, l'en fassent, souffrent et laissent joûir

A) En blanc dans le texte,

plainement et paisiblement, ensemble des droits, gages, honneurs, franchises, profits et emolumens susdits, sans en ce luy faire, mettre ou donner, ny souffrir qu'il luy soit fait, mis ou donné aucun trouble ny empéchement au contraire. Telle étant la volonté de Son Altesse. Donné à Lunéville le vingthuict® juin mil six cent quatre vingt dix- huict. Carlinford. Jean-Dominique Wenfel de Kirchegg, secretaire.

Ce jourd’huy douzième aoust mil six cent quatre vingt dixhuict, Louis Hezard dénommé au présent brevet a presté serment entre les mains de Monsicur le mareschal comte de Carlinford, grand maître de l'hostel de son Altesse Sérénissime, surintendant de ses finances et chef de ses conseils, de bien et fidellement exercer l'office de portier de la cour et palais de Sad. Altesse à Nancy, dont il a plu à mondit sieur le mareschal honorer ledit Hezard par ledit brevet, ce que le soussigné, consciller secrétaire d'Etat, commandement et finances de Nad. Altesse qui a été présent à lad. prestation de serment certifie véritable.

A Lunéville, les an et jour que dessus.

Mahuet de Lupcourt.

LA CRITIQUE DE ( LES PRINCESSES YOLANDE ET LES DUCS DE BAR DE LA FAMILLE DES VALOIS D. -— PREMIÈRE PARTIE, MÉLUSINE.

Les Princesses Yolande et les ducs de Bar de la famille des Valois, première partie, Mélusine (1) ont été dans le Bulletin de la Société d'archéologie lorraine, du mois d'octobre 196, l'objet d'un article bibliographique signé par M. R. Harmand.

En relevant les jugements antérieurs de MM. Lesort, Pfister et Louis Madelin, j'avais craint de paraitre m'arrêter moins aux critiques qu'ils ont faites de mon livre qu’à des louanges « qui ont toujours un grand Charme pour les auteurs ».

(1) Paris, A. Picard, 1900, in-8 de XII et 395 p., avec une gravure et un tableau synoptique.

38

Avec M. Harmand, je suis plus à mon aise. Il s’est appli- qué surtout à faire ressortir les « défectuosités » qu'il a trouvées à mon travail. Je ne dirai pas, reproduisant un mot de son auteur favori, M. Ferdinand Lot, qu'il soit dépourvu de bienveillance à mon endroit. L’attention qu'il m'a accordée est, au contraire, on ne peut ‘plus flatteuse, et je l’en remercie sincèrement. Mais sa censure est tellement rigoureuse, elle l’a parfois égaré à tel point que je suis obligé d’y répondre.

M. Harmand me reproche d’abord d’avoir péché contre les règles de l’art. Me permettra-t-il de lui demander, comme le Dorante de Molière, si «une piéce qui a attrapé son but n’a pas suivi un bon chemin » ? Or voici ce qu'écrit M. Pfister : « Avec quelle fidélité M. Baudot a « étudié l'histoire du Barrais ! avec quelle fierté il en « revendique toutes les gloires ! Ces pages d'histoire « austère sont animées d'un véritable soufile d’enthou- « siasme, et elles restent un des principaux monuments « élevés au Barrois ». Oui, élever un monument au Bar- rois, voilà mon but. Faire sortir son brillant passé des ombres de l'oubli il est tombé, démontrer l’union intime de la maison de Bar avec celle de France, et, par suite, son influence sur les destinées de notre grande patrie, tel est mon leitmotir. MM. Lesort et Madelin l'ont saisi comme M. Pfister. Il faut qu'il ait échappé à M. Harmand, pour qu’il nrimpute à crime d’avoir « com- muniqué au public tout ce que je sais », comme si je l'avais fait dans un esprit avantageux, et non pas unique- ment pour mettre en lumière les moments les plus écla- tants de notre histoire locale.

De tous les autres griefs de M. Harmand, je n'en veux retenir qu’un seul, celui que j'ai le plus à cœur de repous- ser, à savoir que j'aurais dédaigné les ouvrages qui ont traité avant moi de Mélusine.

Comment ? Pendant sept ans et plus, j'aurai étudié le

EE EC mm NE En, ss re 2

1) —-

roman de Jehan d'Arras, j'aurai compulsé, parmi Îles auteurs en mon pouvoir, tous ceux qui devaient m'’ins- truire de l’histoire du moyen âge, et notamment du xIv* siècle, j'aurai parcouru la plupart des cycles fabuleux pour, après tant d'efforts, recevoir ce blâme désobligeant, pour m'entendre demander par un honorable professeur, comme il le ferait au plus enfantin de ses écoliers, a si je me fais une idée bien exacte de l'imagination d'un romancier, prosateur ou poète » au temps passé |

J’ai conscience de tout ce qu’il me manque de connaitre; j'ai le juste sentiment de mon ignorance : de sui ipsius (et alicrum) ignorantid, Aussi bien je saurais gré à M. Harmand de ses indications, mème si elles m’avaient démontré que j'ai fait erreur. Quand on se livre à l’érudition, c’est tou- jours une satisfaction de rencontrer la Vérité, se présentât- elle en opposition avec vous. Mais je dois une double reconnaissance à mon contradicteur ; car des livres qu'il m'objecte, il n’en est pas un qui ne cenfirme ma thèse, ou, pour le moins, ne la corrobore. M. Harmand ne les aura pas relus. [Il s’en est tenu à l'opinion courante, à l’impression superficielle qui forme toute l’idée que chacun possède actuellement de la plus illustre des fées. Mon travail et mes conclusions dérangent la conception générale et la sienne. {nde ire. Voilà le secret de sa sévérité.

Or, qu'’ai-je avancé ?

J'ai dit que Mélusine est un roman de chevalerie, parti- culierement didactique. Elle n'appartient plus uniquement à la littérature de fiction. Les monstruosités y sont aplanies. La légende n’a été, pour l’auteur, qu’un canevas, où, suivant l'expression de Cervantès, « il a pu montrer sa belle intelligence et se déployer tout à l'aise ; où, sans nul obstacle, sa plume a pu librement courir », pour faire l'éducation politique et militaire des enfants de Robert de Bar et de Marie de France.

Mélusine n’est ni la traduction, ni la reproduction d’un

de

Avec M. Harmand, je suis plus à mon aise. Il s’est appli- qué surtout à faire ressortir les « défectuosités » qu'il a trouvées à mon travail. Je ne dirai pas, reproduisant un mot de son auteur favori, M. Ferdinand Lot, qu'il soit dépourvu de bienveillance à mon endroit. L'attention qu'il m'a accordée est, au contraire, on ne peut ‘plus flatteuse, et je l’en remercie sincèrement. Mais sa censure est tellement rigoureuse. elle l’a parfois égaré à tel point que je suis obligé d’y répondre.

M. Harmand me reproche d’abord d’avoir péché contre les règles de l’art. Me permettra-t-il de Jui deinander, comme le Dorante de Molière, si « une piéce qui a attrapé son but n’a pas suivi un bon chemin » ? Or voici ce qu'écrit M. Pfister : « Avec quelle fidélité M. Baudot a « étudié l’histoire du Barrois ! avec quelle fierté il en « revendique toutes les gloires ! Ces pages d'histoire « austère sont animées d'un véritable souflle d'enthou- « siasme, et elles restent un des principaux monuments « élevés au Barroiïis ». Oui, élever un monument au Bar- rois, voilà mon but. Faire sortir son brillant passé des ombres de loubli il est tombé, démontrer l'union intime de la maison de Bar avec celle de France, et, par suite, son influence sur les destinées de notre grande patrie, tel est mon leitmotir. MM. Lesort et Madelin l'ont saisi comme M. Pfister. Il faut qu'il ait échappé à M. Harmand, pour qu’il m'impute à crime d'avoir « com muniqué au public tout ce que je sais », comme si je l'avais fait dans un esprit avantageux, et non pas unique- ment pour mettre en lumière les moments les plus écla- tants de notre histoire locale.

De tous les autres griefs de M. Harmand, je n’en veux retenir qu’un seul, celui que j'ai le plus à cœur de repous- ser, à savoir que j'aurais dédaigné les ouvrages qui ont traité avant moi de Mélusine.

Comment ? Pendant sept ans et plus, j'aurai étudié le

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9) —-

roman de Jehan d'Arras, j'aurai compulsé, parmi les auteurs en mon pouvoir, tous ceux qui devaient m'’ins- truire de l’histoire du moyen àäge, et notamment du xIve siècle, j'aurai parcouru la plupart des cycles fabuleux pour, après tant d'efforts, recevoir ce blâme désobligeant, pour m'entendre demander par un honorable professeur, comme il le ferait au plus enfantin de ses écoliers, « si je me fais une idée bien exacte de l'imagination d'un romancier, prosateur ou poète » au temps passé |

J'ai conscience de tout ce qu’il me manque de connaitre ; j'ai le juste sentiment de mon ignorance : de sui ipsius (et aliorum) ignorantid, Aussi bien je saurais gré à M. Harmand de ses indications, même si elles m’avaient démontré que j'ai fait erreur. Quand on se livre à l’érudition, c’est tou- jours une satisfaction de rencontrer la Vérité, se présentät- elle en opposition avec vous. Mais je dois une double reconnaissance à mon contradicteur ; car des livres qu’il m'’objecte, il n’en est pas un qui ne cenfirme ma thèse, ou, pour le moins, ne la corrobore. M. Harmand ne les aura pas relus.{Îls'en est tenu à l'opinion courante, à l'impression superficielle qui forme toute l’idée que chacun possède actuellement de la plus illustre des fées. Mon travail et mes conclusions dérangent la conception générale et la sienne. {nde iræ. Voilà le secret de sa sévérité.

Or, qu'ai-je avancé ?

J'ai dit que Mélusine est un roman de chevalerie, parti- culièrement didactique. Elle n’appartient plus uniquement à Ja littérature de fiction. Les monstruosités y sont aplanies. La légende n’a été, pour l’auteur, qu’un canevas, où, suivant l'expression de Cervantès, « il a pu montrer sa belle intelligence et se déployer tout à l'aise ; où, sans nul obstacle, sa plume a pu librement courir », pour faire l'éducation politique et militaire des enfants de Robert de Bar et de Marie de France.

Mélusine n’est ni la traduction, ni la reproduction d’un

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ancien chant héroïque. C'est l'œuvre propre de Jehan d'Arras, sa création. La personnalité de l'écrivain s’en dégage à chaque instant. C’est bien un « traité », comme il l'a dit, un traité qu'il a fait pour répondre aux désirs de son protecteur, Jehan de Berry.

Lusignan, la noble forteresse de l'illustre duc, lui a fourni le sujet et le cadre de son travail : une fée, qui lui permettait de mêler à son poème autant de merveilleux qu’il en fallait pour satisfaire le goût de ses lecteurs, et des preux légendaires, dont les hauts faits, convenablement arrangés et exaltés, pouvaient servir de modèles à de jeunes princes qu'il s'agissait de former à l’exercice du pouvoir et à la vertu.

Sur la légende de Lusignan, il a greffé, avec talent, d’ingénieuses adaptations historiques, empruntées pour la plupart aux événements de son époque. C’est cet intérêt d’actualité qui a valu tant de vogue à son roman.

Le Manuel de la littérature francaise au moyen âge, de Gaston Paris, qu’invoque M. Harmand contre moi, ren- verse-t-il, ébranle-t-il même mon échafaudage ? Prouve-t-il qu'un ancien chant héroïque soit la principale source de Jehan d'Arras ? Voici ce qu’on y lit, dans le groupe des romans d'histoire ou de légende nationale étrangers à l'épopée proprement dite :

« Mélusine, romans en prose et en vers, sortis de quel- « que lai localisé à Lusignan, et tous du xiv° siècle

Donc Mélusine est un roman d'histoire, indépendant des chants héroïques, puisqu'il est étranger à l'épopée. Tout ce que j'ai cherché à démontrer !

M. Gaston Paris le fait sortir d’un lai localisé à Lusignan, c'est-à-dire, sans doute, d’un lai contenant en germe la légende de la fée, protectrice du château, et restreint aux actions réelles des Lusignan, sans s’étendre, comme le livre de Jehan d'Arras, à des gestes qui leur soient étran- gers et même postérieurs. C’est exactement ce que j'ai tendu à prouver.

Et =

M. Gaston Paris ne donne aucun indice sur le lai de Lusignan. Néanmoins j'en accepte l'existence et je m'incline volontiers devant la haute autorité de l’illustre maitre. Je ferai seulement remarquer que, consciencieuse- ment, il a pris soin de nous avertir, dans son Acant-Propos, que certains de ses renseignements sont incomplets el qu’il a porté peu d’attention sur plusieurs points. Ce qu’il y a d’indéterminé dans son « quelque lai » indique bien que les romans de Mélusine sont de ces points négligés. M. Gaston Paris n’a jamais connu le lai localisé à Lusi- gnan ; il ne fait que le supposer.

Der Ursprung der Melusinensage, le second livre auquel me renvoie M. Harmand, est plus encore, peut-être, en ma faveur.

« C'est, écrit M. Kohler, l’auteur de cette étude, « c'est par le travail de Jehan d'Arras et de ses imitateurs « que la légende de Mélusine a acquis son renom univer- « sel. Toutefois, il est certain que l'élément de cette « légende n’a pas sa racine uniquement quelque part en « Poitou, mais qu’il repose sur des idées mythiques rési- « dant profondément dans le cœur humain (p. 1). »

Je n’ai pas dit autre chose : « Au moyen-âge, presque toutes les habitations féodales étaient hantées par une fée, plus ou moins fondatrice. Lusignan, comme beaucoup de châteaux, avait sa « dame ». La dame de cette forteresse était une serpente, type répandu dans le domaine public que lui avait fourni Gervaise de Kilbury, mais que les rêves de l’homme avaient créé bien avant lui et avant Ger- vaise. » (Les Princesses Yolande, etc., pages 126 à 137.)

Par une synecdoque, qui règne tout le long de son livre, M. Kohler arrive à faire des Mélusines de tous les êtres extraordinaires qu'a enfantés l'imagination populaire, en les prenant dans un autre ordre que l'humanité, pour les unir à celle-ci, les faire cohabiter avec elle un certain temps, et les renvoyer ensuite à leur état fabuleux, sous

l'influence d'un événement déterminé. S'ils remplissent ces conditions, tous les monstres animaux ou demi-ani- maux deviennent pour lui des Mélusines : hommes et surtout femmes-serpents, femmes-crapauds, femmes-pois- sons : hommes et surtout femines-lièvres, renards, che- vreuils, ânes, cochons ou oiseaux. Même les amours noc- turnes de Psyché et de Cupidon deviennent pour lui un « conte de Mélusine ».

La serpente de Lusignan étant devenue célèbre estre tous Îles personnages merveilleux du mème genre, M. Kobhler l'a prise pour type, Melusinentypus. Mais, encore une fois, c'est par métonymie, par métonymie pure que de sa collection de fables il a fait des légendes de Mélusine, Melusinensajen, Melusinenmwrchen.

Dans la quantité de phénomènes qu'il fait défiler devant nous, il n’en indique pas un seul, autre que la fée de Jehan d'Arras, portant eflectivement le nom de Mélusine. Pas un seu} des innombrables mythes, dont il nous apporte l'ana- lyse rapide, n'offre dans ses particularités si peu d'identité que ce soit avec « l’istoire » de Jehan d'Arras. Dans aucun _d’eux ne sont signalés des récits historiques, des considé- rations politiques, des enseignements militaires analogues à ceux de l'homme de lettres de la duchesse de Bar et du duc de Berry.

Sur l'étymologie du nom de Mélusine, M. J. Kohler déclare n'avoir rien à dire. Cependant il lui semble impos sible. coinme à moi, de le faire dériver de l’indien milushi {Der Urspruny der Melusinensaye, p. 63 el Les Prin. cesses Yolande et les ducs de Bar, p. 134). Aussi bien, sur ec point, M. Harmand semble disposé (p. 247) à accepter mon hypothese, {l admet que Jehan d'Arras ait pu tirer Mélu- sine de Lusignem, par anagramme. C'est le seulanagramme qu’il me concède, malgré l’inclination avouée de notre auteur pour ce jeu de mots. Avec tous les autres, il repousse mes noms propres. M. Harmand devrait au

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moins avouer que Daryemon peut facilement venir d'une altération de d'Argenton et ne pas me faire dire que Mathatas dérive d’Olill Molt. Ce dernier trait n’est pas la récompense que j'attendais de ma longue recherche de la paternité de Mélusine. |

Si M. Harmand veut bien se reporter à la thèse de M. Ferdinand Lot sur Hugues Capet, il y trouvera le pen- dant de mes audaces, précisément au chapitre qu'il entend me donner pour modèle et à l'occasion même du nom d'Asselin, un de ceux qu’il me blâme de ne pas avoir cherché dans les romans d'aventures antérieurs à Jehan d'Arras.

M. Harmand ne me reproche pas de ne point avoir consulté le tome II du (rundriss der liomanischen Philoloyie.

« Comment l'aurais-je fait, puisqu'il n’était pas ? » Mais il regrette que je n’ai pas eu cet ouvrage pour m'éclai- rer ||). Le texte du Grundriss aura passé bien vaguement sous les yeux de M. Harmand, car il semblerait que M. Grœwber, lui, ait « utilisé » mon livre, à la facon dont il parle du « savoir de Jehan d'Arras en géographie » et de (Sa grande connaissance des familles nobles ».

J'aurai fini, quand j'aurai défendu mes rapprochements historiques. M. Harmand leur trouve « un réel intérêt » : mais cela ne l'empêche pas de les condamner. C'est vaine étude, dit-i, s'il.y a erreur sur l'identité de Jehan d'Arras el sur les conditions il a écrit son roman. Oui, mais v a-t-il erreur et, à tout prendre, n’était-ce pas sur cette question que devait porter une juste critique ? La vériti- cation d'une hypothèse est loin d'offrir les mêmes difli- cultés que son établissement. De tous les texles qui, à mon sens, ont servi à Jehan d’Arras pour ses adaptations, j'ai cité régulièrement la source. Le contrôle peut se faire

5 M. Gustav Grœven n'a publié ce volume qu'en 1902, alors que

mus Princesses el les ducs de Bar de lu faumulle des Valois ont paru le 34 décembre 1900.

6%

rapidement. Mais, j'ai donné, comme à la page 191, un parallèle pour rendre compte de la manière dont a été composé le livre demandé par Marie de France, il ne faut pas chercher, comme M. Harmand, une conformité qui, supposant une copie servile de la part de son auteur, viendrait tout à l’encontre de mon opinion.

Si M. Harmand tient à avoir des points de repère se correspondant absolument, qu’il veuille bien mettre, lui- même, en regard l’une de l'autre, la page 206 de Mélusine (édition de Ch. Brunet) et la page 5 des Chroniques de Frois- sart, éditées par Kervyn de Lettenhove. La présence. à ces deux places, de la mème étable, inconsidérément fermée, après que le « chevau » s’en est déjà échappé, la rencontre du même proverbe chez l'historien et chez le romancier, au cours de narrations analogues, lui donnera l'idée des justifications qu'il peut trouver dans chaque épisode. Il doutera moins, alors, du bien fondé de mon œuvre et il finira, j'espère, par reconnaître avec moi, dans la Mélusine de Jehan d'Arras, un roman historique arrangé à la facon d'Alexandre Dumas (déjà), à l'usage des dauphins du

Barrois. JuLESs BAUDOT.

UN MÉDECIN ANOBLI EN 1620 PAR UN ÉVÊQUE DE METZ.

Les anciennes archives de la Cour d’appel promettent de nous révéler des documents fort précieux pour l’histoire de notre région. En procédant à leur dépouillement, M. E. Duvernoy a découvert une picce intéressänte, qu'il nous à fort aimablement signalée, concernant l’anoblis- sement d’un médecin par un évéque de Metz. De tout lemps, les évêques de Metz ou leurs coadjuteurs, ont eu le droit d'accorder des lettres de noblesse à leurs sujels. Parmi celles qu'a retrouvées M. Duvernoy. une seule con: cerne un médecin. On sait d'ailleurs qu'autrefois les

ep

anoblissements de médecins étaient rares. Dans un travail récent (1}, nous avons montré que sur les 1,992 anoblis- sements Torrains rapportés par MM. Lepage et Germain. on ne trouve que 9 médecins ou chirurgiens [ne semble pas jusqu'à présent que ceux-ci aient été plus favorisés par les évèques de Metz que par les ducs de Lorraine.

Le document que nous publions aujourd’hui concerne un certain Jean de La Piconne, médecin à Vic en 1620. Nous aurions voulu donner un aperçu biographique sur ce personnage. Malheureusement, toutes les recherches auxquelles nous nous sommeslivré sont demeurées infruc- lueuses. Nulle part, nous n’avons trouvé mention de cette famille, ni dans les nobiliaires lorrains ou autres, ni aux archives de Meurthe-et- Moselle. Les lettres de noblesse, elles-mêmes, ne contiennent que des détails insignifiants sur la vie de ce médecin. Elles nous apprennent seulement que, depuis plusieurs années déjà, il avait établi sa rési- dence à Vic, il avait acquis une certaine réputation. Ses qualités professionnelles et son dévouement envers les malades, joints à sa condition honorable et à son alliance avec diverses personnes nobles, déterminerent l’évèque, auquel ilavait donné en diverses circonstances des preuves d'attachement, à lui accorder des lettres de noblesse.

Nous avons pensé que ce personnage, entierement inconnu jusqu'à présent, méritait d’être tiré de l'oubli. Notons que ses lettres lui furent conférées, non par l'évè- que de Metz, Henri de Bourbon-Verneuil, mais par l'admt nistrateur général de lévèché, Nicolas Coëlteteau.

Voici ce document, qui est extrait du « Registre de toutes les sentences rendues judiciairement au baïilliaxe de l'évêché de Metz à Vic pendant le courant de l’année 1620 » Lol. 245). Dr P. PILLEMENT.

A) D‘ P. PizceMmexr. Les anoblis des ducs de Lorraine, mrdecins t{ chirurgiens, Paris, Champion, 1906 (Biblivtheque historique de la France médicalei.

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Du jeudy xvi' juillet 1620.

Nicolas par la grace de Dieu et du Sainct Siege apostolique evesque de Dardanie, suffragant et administrateur général de levesché de Metz, etc., à Lous ceux qui ces présentes verront, salut. Comme ainsy suit que les Princes aient une inclinalion particulicre à obliger par leurs libéralilés el bienfaictz leurs subjectz el serviteurs, et que l’ung des moyens plus signales pour faire paroistre leur bonté et muniti- cence soit d'annoblir et par ung privilège particulier tirer du commun ceulx qu'ilz congnoissent estre portés à la vertu, de laquelle la vraye noblesse prend son origine, les cesgallans par ceste prééminence à ceulx qui sont d'une naissance plus relevée et les rendans capables d'exercer les charges plus honnorables et de posseder des fiefs et biens nobles, voulans par cela non seulement récompenser leurs ver- lueux déportementz, mais aussy animer les autres à les imiter soubz espérance de mesme récompense, Et que de tous temps les scisneurs Evesques de Metz, Princes Regalicns du dict Sainct Empire aient use de ceste gratification à l'endroict de leurs subjectz envers lesquelz se rendans favorables ont eux mesme ou par ceulx à la sage couduicte desquelz ilz ont remis fe gouvernement el administration de leur dict Evesché honnoré du tiltre de noblesse les personnes qu'ilz en ont juge dignes et capables. De ee est il qu'ayans mis en considération les bonnes qualités, les actions vertucuses et l'extraction honnorable de nostre cher et bien avmé Maistre Jean de La Piconne, docteur en la faculté de médecine ct l'alliance qu'il a de plusieurs personnes nobles, nous avant en oultre iccluy donné plusieurs tesmoignases de son affection au bien du service de Monseigneur et de son Evesché depuis quelques années qu'il faiet sa résidence en ceste ville de Vic, il à obligé et le publicque etles particuliers par le soing qu'il a rendu en l'exercice de sa profession et l'espérance que nous avons qu'il conti nuera de bien en micuix,

Pour ces causes et autres bonnes considérations à ce nous mouvans de grace speciale, et par Ja plaine puissance ct authorité qui nous en est donnée, avons annobiv et honnoré. annoblissons et honnorons du ültre de noblesse Jedict de La Piconne, comme aussr ses enfins masles et femelles, naiz el à naistre en légitime mariawe, les descendans d'iceulx et toutte sa posterité, voulons el nous plaist que luy et ses dictz enfans, postérité et lignée soient réputés pour nobles en tous heux et affaires tant en jugement que dehors, et jouissent et usent de tous honneurs, Hiberlez, franchises, droictz, prééminence, privileges ct prérogatives dont jouissent et ont accoustuimé de jouir ceulx qui liennent rang de noblesse en cediet Evesché, puissent acquerir chas- teaux, maisons, forteresses, scigncurerics, tenir haulles, moyennes ct

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basses justices, fiefz, arrières fiefz, terres et possessions nobles, user et disposer tant de celles qu'ilz auroient desja acquises que de celles qu'ilz pourroient acquérir ou qui leur pourroient escheoir par succes- sion ou aultrement, tout ainsy que s'ilz estoient issus d'ancienne noblesse et sans qu'ilz puissent estre contrainctz d'en vuider leurs mains ny pour raison de ceste présente grâce payer aucune finance ny redebvance de laquelle nous gratifions ledict de La Piconne et luy en faisons don de nostre pure liberalité. Et pour marque de ceste noblesse, nous luy avons donné el à sa postérité les armes telles qu'elles sont depeintes cy dessoubz, scavoir :

Un escul escartellé en premier d'azur à trois fleurs de lys d'ar- gent, en second d'argent à trois roses de gueulle, l’un en l'autre à une croix d’or, timbré d'un bras reteslu d'azur et d'argent tenant en main une branche de laurier et un d’olivier représentée au nalu- rel issante d’un vorty d'azur et d'argent, le tout porté d'un armel mort, avec les lambrequins aux mélaux et couleurs de l'escut (1), avec pouvoir de les porter en paix et en guerre par tout et en toutes les occasions les nobles ont accoustume de les porter.

1 Ce texte est assez obscur. M. E. des Robert, qui a bien voulu dessiner ces armoiries, croit devoir l'interpréter ainsi : « Écartelé : aux 4et2, d'azur à trois fleurs de 1ys d'argent ; aux 2 et 3 d'argent à trois roses de gueules: une croix d'or brochant sur le tout. »

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Du jeudy xvi juillet 1620.

Nicolas par la grace de Dieu et du Sainet Siege apostolique evesque de Dardanie, suffragant ct administrateur général de levesché de Metz, etc., à tous ceux qui ces présentes verront, salut. Comme ainsv suit que les Princes aient une inclination particulicre à obliger par lcurs libéralités et bienfaictz leurs subjeetz et serviteurs, et que lung des moyens plus signales pour faire paroistre leur bonté et muniti- cence soit d'annoblir el par ung privilège particulier tirer du commun ceulx qu'iz consnoissent estre portés à la vertu, de laquelle Ta vraye noblesse prend son origine, les esgallans par ceste prééminence à ceux qui sont d'une naissance plus relevée et les rendans capables d'exercer les charges plus honnorables et de posseder des fiefs el biens nobles, voulans par cela non seulement récompenser leurs ver- tueux déportementz, mais aussy animer les autres à les imiter soubs espérance de mesme récompense, Et que de tous temps les seisneurs Evesques de Metz, Princes Regalicns du diet Sainct Empire aient usé de eeste gratitication à l'endroiet de leurs subjectz envers lesquelz se rendans favorables ont eux mesime ou par ceulx à la sage conduiete desquelz ilz ont remis le gouvernement et administration de leur diet Evesché honnoré du tiltre de noblesse les personnes qu'ilz en ont juge dignes et capables. De er est il qu'ayans mis en considération les bonnes qualités, les actions verlucuses ct Fextraction honnorable de nostre cher et bien avmé Maislre Jean de La Piconne, docteur en la faculté de médecine el l'alliance qu'ila de plusieurs personnes nobles, nous ayant en oultre iceluy donné plusieurs tesmoignages de son affection au bin du service de Monseisneur et de son Evesché depuis quelques années qu'il faict sa résidence en ceste ville de Vic, il a obligé et le publicque elles particuliers par le soing qu'il a rendu en l'exercice de sa profession et l'espérance que nous avons qu’il conti: nuera de bien en micuix,

Pour ces causes et autres bonnes considérations à ce nous mouvans de grace spéciale, et par la plaine puissanee et authorilé qui nous en est donnée, avons annoblv et bonnoré, annoblissons et honnorons du üiltre de noblesse lediet de La Piconne, comme aussv ses enfans masles et femelles, naiz et à naistre en légitime mariage, les descendans d'iceulx et toutte sa posterité, voulons et nous plaist que luy et ses- dictz enfans, postérité et lignée soient réputés pour nobles en tous lieux et affaires tant en jugement que dehors, et jouissent el usent de tous honneurs, liberlez, franchises, droictz, prééminence, privilèges et prérogatives dont jouissent et ont accoustumé de jouir ceulx qui tiennent rang de noblesse en cedict Evesché, puissent acquerir chas- teaux, maisons, forteresses, sciencurerics, tenir haultes, moyennes ct

basses justices, fiefz, arrières fiefz, terres et possessions nobles, user et disposer tant de celles qu’ilz auroient desja acquises que de celles qu'ilz pourroient acquérir ou qui leur pourroient escheoir par succes- sion ou aultrement, tout ainsy que s'ilz estoient issus d'ancienne noblesse et sans qu'ilz puissent estre contrainctz d'en vuider leurs mains ny pour raison de ceste présente gräce payer aucune finance ny redebvance de laquelle nous gratifions ledict de La Piconne et Inv en faisons don de nostre pure liberalité. Et pour marque de ceste noblesse, nous luy avons donné et à sa postérité les armes telles qu'elles sont depeintes ey dessoubz, scavoir :

Un escut escartellé en premier d'azur & trois fleurs de lys d’ar- gent, en second d'argent à trois roses de gueulle, l'un en l'autre à une croix d'or, timbré d'un bras revestu d'azur el d'argent tenant en main une branche de laurier et un d’olivier représentée au nalu- rel issante d’un orty d'azur et d'argent, le tout porté d'un armet mort, avec les lambrequins aux métaux el couleurs de l’escut (1), avec pouvoir de les porter en paix et en guerre par tout et en toutes les occasions les nobles ont accoustume de les porter.

1) Ce texte est assez obscur. M. E. des Robert, qui a bien voulu dessiner ces armoiries, croit devoir l'interpréter ainsi : « Écartelé : aux 4 et2, d'azur à trois fleurs de 1ys d'argent ; aux 2 et 3 d'argent à trois roses de gueules: une croix d'or brochant sur le tout. »

GS --

Si donnons en mandement aux sieurs bailly, gens du Conseil prive, ens du bailliage, procureur général et tous autres justiciers officiers, assaux, hommes et subjectz du dict Evesché presentz et à venir et à uns chascun d’eulx, en droict soy sy comme à eulx peust et pourra toucher ot appartenir, qu'ilz fassent, souffrent cet laissent jouir et user plainement, paisiblement et perpetuctlement de nostre présente grâce et annoblissement, don d'armes, ensemble des honneurs, libertez, fran-

LL "= LU

chises, immunitez, droictz, prééminences, privileges et prérogatives susdic{z, ledict de La Piconne, ses enfants naiz et à naistre en légitime mariage leurs descendans et toutte sa postérité sans permettre qu'il leur soit faict mis ou donné maintenant ny à Padvenir aucun trouble ny empeéschement au contraire, pourveu que ledict de La Piconne sadicte posterilé et lignée vivent et se comportent selon que doibvent les personnes nobles, et conformément à la religion catholique, apos- tolicque et romaine, à charge aussy de maintenir ct deffendre de leur possible, les droictz et authorités de Mondict Seigneur et de son Evesché de Metz, car telle est nostre intention.

Prions en outre et requérons tres instaminent tous Roys, Ducs, Princes, Comtes, Seigneurs, Magistratz ct autres qu'en Icurs Rovaumes, Principautés, pays, terres et scigneuries ilz fassent, sculirent el laissent jouir et user ledict La Piconne et sa posterité, dudict honneur et privilege de noblesse ; ensemble des privilèges et prérogatives qui en dépendent, tout ainsy que les autres nobles ont accoustume de jouir sans permettre qu'ilz soient aucunement troublez ny empeschez, comme au reciprocque pour l'honneur et révérence de leurs Majestés, Altesses et excellences tres volontiers nous voudrions faire en cas semblable à l'endroict de ceulx qui leur appartiennent : ains que sv aucune chose arrivoit au contraire, ilz le fassent réparer nonobstant loix, statutz, coustumes, usages de pays, ordonnances, restrictions, mandementz et deffences au contraire.

En foy ct tesmoignage de quoy nous avons aux présentes signées de nostre main et contresignées de nostre secrétaire ordinaire faict mettre et apprendre par le sicur Chancellier dudict Evesché le grand scel de mondict Seigneur et a iceluy pendre Ie nostre accoustumé.

Expédiées au chasteau de Vic, le vingt ung: jour du mois de juin mil six cent et vingt. Ainsy signé N. E. de Dardanie, Administrateur de l'Evesché et sur le replis est escript Par Commandement de Monsci- gneur. Contresignées f. Le Neff avec parafle et Y sont appendus les scaux cy dessus mentionnés en cire rouge à double cordon de fil d'or et soye bleue.

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NOTE COMPLÉMENTAIRE SUR LE SENS DU MOT ( RAYEUX }

Si le mot fayeur est exclusivement lorrain, la mème racine (riya) a formé, dans d’autres idiomes provinciaux, des termes tres analogues, ayant exactement le sens que lui attribue M. Ed. Chatton, dans le Bulletin de la Société d'archéologie lorraine de février 1907 : Aayère, Reilhage, Rayon, Rayonner.

Rayère « est une fente au flanc d’une tour pour donner un peu de jour » (Pierre Borez, Dictionnaire des termes du rieur franro:s, nouvelle éd.. par Favre. Niort, 1882, 2 in-8).

Rayonner une terre « c’est la cultiver ; et ce que nous appelons sillon était nommé autrefois roye, ou rave de terre. En quelques provinces, le soc d’une charrue a été appelé reille, parce qu'il fait des rayes ou rayons à la terre, en la fendant. De reille, on a fait reiller pour labourer et reilhage pour labour. » (Lavriène. Glossaire du droit fran- rais, édit. Favre, Niort, 1882, V. raye, rayonner, reilhaye).

De mème qu'à côté du mot francais rayon, nous voyons le verbe rayonner, de mème à côté du mot rayeur, se ren- contre le verbe lorrain rayer avec la même signification de fendre, défricher.

Les moines de Haute-Seille, ayant acquis différents ter- rains appelés {es rappes, étaient en querelle avec les sires de Blämont qui prétendaient, pour leurs sujets, à des droits d’usuaire et de päture sur ce canton. En 1314 on fait un accord (D. CaLzuer, flistoire de Lorraine, {re éd., t. IV, preuves, col. 566). Les droits des gens de Blämont sont reconnus, en telle manière « que les moines ne pourront ni laxier (acenser), ni rayer (cultiver) les rappes. » Mais «sil advenait par aucune mémoire, que aucun raist ou que aucun y fist vaignage » c'est-à-dire : si l’on venait à découvrir que naguère quelqu'un a déjà rayé ces terres, ou que quelqu'un y a fait récolte, les droitures de ce lieu reviendraient au couvent.

= 51 =

Cet exemple parait bien la confirmation, et comme Ja mise en action, du sens des expressions rayeur, rayer, ainsi que de la condition des terres ainsi défoncées. À l'état inculte, ces terres échappent à la dime et aux autres redevances, à titre de terrains vagues, uniquement propres au päturage en commun. Les usagers veillent jalousement à ce qu’on ne restreigne pas leur parcours, en v faisant de la culture. Mais ces mêmes terres, rayonnees, rauées, trans- formées en rayeur, deviennent sujettes à la dime, au pro fit de l’église du lieu ; à moins qu’on ne vienne à découvrir qu’autrefois déjà elles avaient été cultivées, auquel cas. toutes les redevances qui pourraient les atteindre feraient retour au seigneur primitif, ou aux gros décimateurs nantis d’un titre ancien. E. AMBROISE.

CHRONIQUE

MUSÉE DE SAINT MIHIEL.

Les procès-verbaux du Conseil général du département de la Meuse en avril 1906, p. 119, donnent des détails sur le Musée Ligier-Richier que notre confrère, M. Henri Bernard vient de fonder à Saint-Mihiel. Il a pour objet de réunir les œuvres ou les reproductions d'œuvres de la célèbre école sammihielloise qui fit la gloire de la petite ville meu- sienne au xvi et au xvne siécles, et dont Ligier Richier est le chef et le plus illustre représentant. L'entreprise est donc des plus intéressantes et des plus louables, et les pouvoirs publics l'ont bien compris : le Conseil municipal de Saint-Mihiel a concédé aux organisateurs du Musée la erande galerie, longue de 50 mètres. de la Bibliothèque municipale, et voté un crédit de 500 francs. Le Conceil général de la Meuse a accordé 100 francs.

Par arrêté du 9 août 1906. inséré au 7 du Bulletin administratif de la Ville de Nancy de 1906 (p. 306), M. le

Do

Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts a classé parmi les monuments historiques la Cathédrale de Nancy.

Le Bulletin de l’année dernière a décrit (p. 299) un pré- cieux bréviaire toulois manuscrit du xv° siècle, mis en vente par la librairie de Vries à Amsterdam. Ce bréviaire vient d’être acquis par la librairie G. Lemalier, 25, rue de Chäteaudun à Paris, qui le cote 1,500 francs dans son cata- loue de janvier 1907.

CATHÉDRALE DE METZ

Il semble que l'administration d’Alsace-Lorraine ait élé touchée par les critiques très vives auxquelles ont donné lieu les travaux de restauration exécutés jusqu'à présent à la cathédrale de Metz. M. Tornow qui dirigeait ces travaux s'est retiré. et le nouvel architecte a renoncé à exhausser la tour du Chapitre, ce qui aurait tout à fait dénaturé l'aspect du monument. On doit placer des portes en bronze massif au portail principal et restaurer les chapelles du Mont-Carmel et du Sacré-Cœur, mais en y mettant la plus grande circonspection. C'est du moins ce qu'ont affirmé les représentants du gouvernement lors de la discussion du budget des beaux-arts par la Délégation.

a en ol —— a

BIBLIOGRAPHIE

Intentaires sommaires d'archives.

Un nouveau volume de l'inventaire sommaire du depar- lement des Vosges vient de paraitre, c'est le tome I de la série G, contenant l'analyse des articles 2004 à 26:52, c’est- a-dire la fin des archives du chapitre de Remiremont, les litres des églises paroissiales, des chapelles et des confré- ries, enfin les fonds de deux petites châtellenies ecclésias- tiques, celle de Vicherey, appartenant au chapitre de la cathédrale de Toul, et celle de Rambervillers appartenant

aux évèques de Metz. Dans ce dernier fonds, on remarquera une série de registres de comptes commencant à 1489. Dans le tome Ï, 2 partie de l’Inventaire sommaire des archives départementales du Nord, qui vient de paraitre ésalement, sont analvsés des documents intéressants pour l'histoire de la Lorraine et surtout de Barrois, qu'on ne penserait guère à aller chercher là, mais dont la presence dans ce dépôt s'explique par une alliance de famille au

xi1ve siccle entre la maison de Flandre et celle de Bar.

Ainsi, la layette 30 (art. B. 789 et suivants) contient des chartes importantes des comtes et comtesses de Bar, des comtes de Vaudémont, des évèques de Toul, des sires de Pierrefort, etc. On remarquera surtout ceux de ces actes ‘qui mettent diverses localités à la loi de Beaumont. La lavelte {11 (art. B. 1450 et suivants) renferme les titres sur le Luxembourg, la Lorraine, Montméëdy, Damvillers, Faulquemont, Marville, parmi lesquels des actes de ducs de Lorraine, d'évêques de Metz, etc.

Nous avons déjà signalé, il y a quelques années (Jou nal de la Soc. d'archéol. lorr., 1892, p. 72) les documents ana- logues catalogués dans le tome VII de l’Inventaire som maire du même département. Les érudits lorrains ne devront pas oublier de consuller ces deux volumes des archives du Nord, dont les analyses très longues et subs-

tantielles leur suffiront dans la plupart des cas. E. D.

nr

La Jierue des Etudes juives d'octobre 1906 publie, p. 272- 281, une note de M. Ginsburger sur Les anciens cimetières israélites de Metz. 11 Y en a eu jusqu'à quatre, et ils ont fourni de nombreuses épilaphes.

Dans la Revue historique de mars avril 1907, p. 225-299, est la première pes d'une étude de M. Pfister sur Mic las Remy et la sorcellerie en Lorraine à la fin du XVIe siècle,

. re

* Pour la Commission de rédaction, le Président : L. QUINTARD.

TAP

14

BULLETIN MENSUEL

DE LA

SOCIÉTÉ, D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

ET DU

MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN

7% ANNÉE. NUMÉRO 4. AVRIL 1907.

Procès-verbal de la Séance du vendredi 8 mars 1907. PRÉSIDENCE DE M. QUINTARD, PRÉSIDENT. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. Communications.

M. le capitaine Martin, membre de la Société, fait savoir que des travaux de canalisation vont être entrepris à Toul, au cours desquels pourront être mis au jour des vestiges du passé.

La prochaine séance aura lieu le vendredi 19 avril.

Admission.

MM. le général de Lardemelle, J. Berthelin de Doulevant, et le vicomte J. de Hennezel d’'Ormois sont admis comme membres titulaires.

Présentation.

M. Maurice Chevalier, agent général de la Nationale, 9, rue Saint-Nicolas, est présenté comme membre titulaire 7

2

par MM. Georges Goury, le comte J. Beaupré et François Berlet.

Rapport de la Commission des finances.

M. Guyot donne lecture du rapport qu'il présente au nom de la Commission des finances. Les conclusions de ce rapport, approuvant les comptes de l’exercice 1906, sont mises aux voix et adoptées.

Ouvrages offerts à la Société.

Le culte des menhirs dans le monde celtique, par M. d’Arbois de Jubainville. (Extrait du Compte rendu des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 8 p. in-8.)

Le prieuré de Saint Jean-du- Vivier, par le docteur René Parmentier. Caen, Henri Delesques, imprimeur-éditeur, 1907, in-8 de 35 p., 4 planches et un plan. |

Lecture.

M. Parisot commence la lecture de son travail sur: Les origines de la Haute-Lorraine et sa première maison ducale (959-1033).

RAPPORT FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DES COMPTES POUR L'ANNÉE 1906.

MESSIEURS,

Votre trésorier, M. Knecht, a présenté ses comptes pour l’année 1906 à votre Commission qui les a examinés dans sa séance du 26 février 1907 ; elle m’a chargé de vous expo- ser ce qui suit :

Les opérations du comptable, en ce qui concerne la Société, peuvent se résumer ainsi :

ne

Recettes. Cotisations perçues. . . . . . . . . . 3.882 » Vente delivres . . . . . . . . . . . 150 95 Publicité du Bulletin . . . . . . . . . 100 » Arrérages de rentes sur l’État . . . . . . 255 » Versement d’un membre perpétuel . . . . 200 » Intérèts des sommes en banque. . . . . . 15 »

TorTaz des recettes de l’Exercice. . . 4.602 95

Dépenses.

Mémoires . . . 1.962 65 Impressions. { Bulletin. . . . 1.191 10 3.903 70 Divers . . . . 149 95 |

Planches et illustrations . . . ur 235 65 Achat de rente 3 °/, (membre Derbétuel) ne 4193 » Recouvrements, correspondances, écritures et

frais divers. . . . . . . . . . . . 230 65 Chauffage et éclairage. . . . . . . . . 99 39

Toraz des dépenses de l’Exercice . . 4.018 35

L'excédent des recettes sur les dépenses est de 584 fr. 60. Le découvert des années précédentes, qui se montait encore à 405 fr. 85, est ainsi complétement amorti.

Vous remarquerez, en comparant ce tableau à ceux des années précédentes, une diminution constante du produit des cotisations, qui correspond à une diminution du nom- bre des membres de la Société. Nous ne comptons plus, en 1906, que 455 membres payant une cotisation, dont 288 abonnés à la fois au Bulletin mensuel et aux Mémoi- res. Il faut y joindre 32 membres perpétuels inscrits (dont 14 décédés) ; au total 473 membres vivants.

Pour le Musée lorrain, nous sommes satisfaits de consta- ter que la perception d’un droit d'entrée, inaugurée en

96 =

4905, dans des conditions analogues à celles que la Ville a admises pour son Musée de peinture. continue à donner de bons résultats. Nous pouvons par ce moyen assurer à notre concierge un traitement convenable, et aucune diffi- culté ne S’est produite dans cette partie du service.

Nous avons à prévoir en 1907 une dépense exceptionnelle pour les travaux ordonnés par le Comité en vue d’assurer une protection contre le vol aux objets précieux, tels que les monnaies, qui font partie de nos collections. Ces tra- vaux sont déjà en cours d'exécution ; ils n’empêcheront pas que nous puissions trouver, dans les ressources nor- males de notre budget, des ressources suffisantes pour les fouilles et pour les acquisitions nécessaires. Nous atten- drons ainsi le moment des transformations plus impor- tantes deviendront possibles; nous pouvons nous permet- tre à ce sujet les longs espoirs et les vastes pensées : sou- haitons seulement une prompte réalisation des beaux projets qui s’élaborent en ce moment, et préparons-nous de bonnes finances pour les dépenses futures qui doivent en être la conséquence.

Comme les années précédentes, votre Commission s’est plu à témoigner sa gratitude à notre trésorier, M. Knecht, au sujet de son excellente gestion ; nous sommes assurés que la Société tout entière partage à cet égard les senti- ments de reconnaissance que je viens d'exprimer envers notre zélé collaborateur.

CH. GUYOT.

TS

NOTES SUR QUELQUES ARTISTES TOULOIS. DEUX DOCUMENTS INÉDITS SUR LE SCULPTEUR SIMÉON DROUIN.

Les registres de compte de la confrérie de Saint-Nico- las-des-Clercs, fondée à Toul en 1356 (1957 n. s.), dont il a récemment été parlé, à cette même place, à propos de la

curieuse miniature qui orne sa charte de fondation (1), peuvent fournir aux historiens locaux bon nombre de documents intéressants. Le plus ancien qui nous soit par- venu remonte à l’année 1419 et la série se continue, sauf de tres rares interruptions pour les années les plus lointaines, jusqu’en 1790, date de la suppression de la confrérie (2).

En tête de chacun de ces registres, qui ne comprennent qu’un assez petit nombre de feuillets non foliotés, figure d'abord la liste des confrères élus pour exercer, durant l'année courante, les diverses charges de la confrérie. Ce sont, pour la plupart, les grands dignitaires et chanoines du chapitre cathédral de Toul et des différents chapitres de la ville ; des conseillers, avocats, procureurs, notaires, notables et bourgeois de la cité. Leur redevance annuelle parait avoir été, au moins dans les temps les plus anciens. proportionnée à la charge occupée et au rang social d’un chacun.

Le chapitre des recettes, tant ordinaires qu'extraordi- naires, s’ouvre immédiatement à la suite de ces listes et nous donne une idée précise de l’état prospère de l’institu- tion, enrichie, dès les premières années de sa fondation, puis souvent encore dans le cours des âges, de nombreux legs et fondations pieuses.

Sous la rubrique : « dépenses ordinaires », le receveur fait soigneusement mention des sommes versées annuelle- ment : au chapelain de la confrérie « pour son salaire du seruice divin »; à l’organiste « pour avoir ioué dez orgues aux unze festes accoustumées », ainsi qu’à son aide indis- pensable, « celui qui at soufflé lesdictes orgues » ; au prêtre invité à officier au jour de ces solennités; au prédicateur

Mi Pauz PERDRIZET, Une miniature touloise représentant la Vierge de Miséricorde, dans Bul. de la Soc. d’Archéol. lorr., juin 1906, p. 123 à 129.

(2) Ces registres sont conservés aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle, série G, 4206 à 1212 inclus.

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« qui avoit fait le sermon » (1); aux « trente deux clercz soubsdiacres » qui aidaient, dans ces cérémonies, à chan- ter « les vespres et la messe »; au cirier qui fournissait les cierges « tant petits que gros », etc.

D’autres mentions de versements relevées au cours du même chapitre nous apprennent que: « les vigilles pour les trespassés » étaient chantées douze fois l’année dans l'église et par les soins de la confrérie; qu’une messe solennelle, avec « diacre et soubsdiacre », était célébrée aux mêmes intentions tous les premiers vendredis de cha- que mois, ainsi qu’au décès de chacun des membres de l'association. À ces messes assistaient, en outre des minis- tres ordinaires, « deux clerzs » chargés du chant. Aux obsèques des confrères, de mème qu'aux grandes proces: sions du Saint-Sacrement et du Saint-Clou (2), des « petits enffantz portoient des torches aux armes de la confrérie ».

Chaque année également, au jour du « jeudy sainct », on « lavoit les aultels dudict Sainct Vaast » avec « un demy septier de bon vin blanc » (3). A la « sainct Nycolas des- ay », on ornait l’église avec des « mays » (#); à la « sainct Nicolas dyver » on en jonchait le sol avec des « gluys » (9) et on tressait « des chappeaulx de fleurs » (6) pour orner la statue du saint patron. À ces mêmes fêtes, au sortir de

(1) Cet ecclésiastique, rarement pris dans le clergé séculier, étail tantôt un dominicain, tantôt un cordelicr.

(2 Cérémonie particulière à l'Église de Toul, instituée par statut capitulaire du 22 octobre 149 et au cours de laquelle on portait solen nellement, enchâssé dans un magnifique reliquaire, le fragment d'un des clous du crucifiement que possédait la cathédrale. Elle avait lieu chaque année, le jour de la fête, célébrée le vendredi de la seconde semaine de Pâques. Cf Abbé Guizrauur, La Cathédrale de Toul, dans Mém. de La Soc. d'Archéol., lorr., 1863, p. 198.

(31 Cet usage liturgique, prescrit par le Missel ct le Pontifical romain, est rarement observé de nos jours.

(4) Branches de verdure.

(5) Paille de seigle tressée en nattes grossières ou simplement jetée sur le pavé.

(6) Couronnes de fleurs el de feuillages,

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la messe, on distribuait des « aulmosnes aux mandyantz et pauvres honlteux ». Souvent aussi. d’autres aumônes plus discrètes, ou des prêts à long terme et sans intérêts, étaient consentis à des confrères dans le besoin par suite de maladie ou d’autres circonstances fortuites. Des recher- ches plus approfondies révéleraient une foule d’usages curieux, de touchantes coutumes, mais te] n’est point mon but.

Le chapitre de ces vieux registres il y aurait peut- étre, à mon avis, le plus à glaner, est celui consacré aux dépenses extraordinaires.

Dans les premières années de sa fondation, la confrérie tenait ses réunions et célébrait ses offices au cloitre de la cathédrale, dans la petite église de Saint-Jean-du-Cloitre, ou de Saint-Jean-aux-Fonts, qui n’était autre que l’ancien baptistère (1). Cet étroit local était vite devenu insuffisant et les confrères avaient accepté, en 1378, la vieille église Saint-Waast, qui tombait de vétusté et ne comptait plus, d'ailleurs. aucun paroissien (2). Le curé, titulaire égale- ment de la paroisse de Lavy-derrière-Foug, leur en avait fait abandon moyennant une redevance annuelle et diffé. rentes autres clauses dont on trouvera l'indication dans la notice de M. Paul Perdrizet (3). Ainsi que le contrat de cession les y obligeait, les confrères de Saint-Nicolas-des-

1 C'était la première et la plus ancienne des paroisses de la ville, son tilulaire était salnt Jean-Baptiste. Vendue et démolie en 1809, elle weupait l'emplacement l’on a bâti depuis la chapelle des catéchis- mes: côté est du cloitre, au bas du grand escalier conduisant à la cathédrale, C'est qu'a été replacé le magnifique groupe de l'Adora- tion des Bergers, sculpté en 1690, par Ignace Robert, pour le maitre- autel du Carmel de Pont-à-Mousson.

‘2: Elevée sur l'emplacement de la maison qu'avait habitée, durant son séjour à Toul, le prètre Wédastus ou Vaast, qui devint plus tard le catéchiste de Clovis. Elle se trouvait tout près du cloître de la cathé- drale, à l'angle des rues actuelles de Saint-Vaast et du Quartier-Neuf. Cf. Abbé Eusexe ManrTiN, Hiet. des diocèses de Nancy, de Toul et de Saint-Dié, t. I, p. 61, note 3.

(3) Art, cil., page 124.

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Clercs firent presque entièrement rebâtir l'antique édifice et demeurèrent chargés de son entretien.

A quel « maistre de l'œuvre » fut confiée la direction de ces importants travaux et quels furent les ouvriers qui beso- gnerent sous ses ordres ? Je ne saurais le dire, car ainsi que je l’ai fait remarquer plus haut, les registres de cette première période de l'existence de la confrérie ne nous sont point parvenus. Je n'ai pu arriver à connaître que les artisans chargés presque chaque année, depuis 1419, des travaux parfois assez importants, de restauration ou de réparation. La liste en serait longue à dresser et je ne le tenterai point.

A côté des noms de ces humbles ouvriers : maçons, char- pentiers, menuisiers, serruriers, couvreurs, etc..., mandés jouruellement par les confrères pour entretenir en bon état leur église, on en rencontre fréquemment d’autres, dont la situation sociale parait avoir été peu différente, mais qui, appelés à l'occasion de travaux plus spéciaux, devaient être dans leur partie des artistes d’un certain mérite. Ce sont ces derniers, je crois, qu’il serait bon de rechercher et de faire connaitre, en indiquant l’époque ils ont vécu et la nature des ouvrages dont ils ont été char: gés; ces indications pourraient être utiles à ceux qui seraient tentés d'aborder quelque jour l’histoire à peine ébauchée de l’art et des premiers artistes lorrains. Telle n'est point pour aujourd'hui mon intention et je citerai seulement quelques-uns de ceux qui m'ont le plus parti- culièrement frappé.

Eo 1458, un fondeur, appelé « le grant Symon », domi- cilié à Toul, exécute « ungt grant chandellier de fer et aultres ouvraiges de son mestier » qui lui sont payés u xx gros ». La même année, « maistre Girard Tihe », qualifié de « maïstre de l'œuvre de l'Église de Toul » touche (€ xij gros » pour avoir fourni à « Nicolas de Sendaucourt.

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ÉGLISE D'AVIOTH, acide

septentrionale: Er IPeccrresse.

= 1

charpentier, deux pièces de bois dont on a faict deux chaulattes pour le toict dudict Saint Vaast ».

Quel était ce personnage, demeuré jusqu'ici inconnu et dont aucun des historiens de la cathédrale de Toul n’a jamais parlé ? Je ne saurais le dire d'une façon plus expli- cite, mais je serais cependant porté à voir en lui, non pas un des architectes qui dirigèrent les travaux de la basili- que touloise, mais plus simplement un des maitres maçons ou entrepreneurs qui se succédèrent au cours de la cons- truction du monument. Son successeur immédiat, Jacque- min de Commercy, beaucoup plus connu d’ailleurs, est souvent aussi qualifié du même titre, bien que nous sachions, par un document conservé dans les actes du chapitre, qu’il n'était qu'un maitre maçon travaillant sui- vant les plans qu'avait dressés Tristan‘ ‘d'Hattonchätel. Le rôle de fournisseur, joué ici par notre Gérard Tihe, semble confirmer cette opinion.

En 1483, « Jehan le varrier » exécute « la varrière de dessus l’entrée de l'église Sainct Vaust ».

En 1488, « maistre Jacques lymaigier » fait < ung cru- cifix et une croix, de la longueur de iiij pieds ». L’ensem- ble est peint par « maistre Estienne de Francheville... illumineur »,

En 1491, « maistre Gaulthier, organiste,… remect à point les orgues de la confrairie par marchié faict avec luy », moyennant la somme de « xxx florins ».

En 149%, « Waultrin, potier d'estain » touche « viij gros et demy » pour « avoir fondu et refaictes neufves les deux Choppinettes à mectre vinetiawe pour servir à laultel ».

L'année suivante, 1495, nous retrouvons « maïistre Estienne », l’illumineur déjà cité, auquel est versée la somme de «ij gros pour avoir radoubbé les iiij anges dau- tour de laultel ». La même année, « Jehan de Razille, mareschal », exécute «ung grant chandelier de fer ».

Dans le registre de 1499, on trouve une nouvelle men-

tion, « Jehan le voirrier » qui « remect en plomb et radouble les verrières dessus l'entrée de lesglise ».

En 1501, « Warin l’orfaivre faict un garde couvre dedans l’encensier à cause que le feu le grattoit » (1).

De nouvelles réparations sont faites aux orgues, en 1535, par « Michel Houssemont » qui, après les avoir «radoub- bées » y ajoute « deux tuaulx destain ».

En 1668, « Pantaléon d'Orchey, maistre verrier » répare « toutes les verrières dudict Saint-Vaast et notamment la srande forme au-dessus du grand portail ». Comme il était peintre en même temps que verrier, il peint également «une toille et y faict un grand nom de Jésus, laquelle doit servir de devant d’autel ».

J’arrète ici ces citations et j'arrive aux pièces qui doivent faire plus spécialement l’objet de cette notice.

Si, pour des raisons qui tiennent beaucoup plus aux conditions mêmes de Jeur existence et à l'organisation sociale d'alors qu’à toute autre cause, nous ne possédons sur les vieux maitres lorrains que des renseignements rares el obscurs, et s’il nous est pour ainsi dire impossible d’iden- tifier avec certitude les rares œuvres qui nous en sont par: venues, nous ne sommes guére mieux informés sur ceux qui ont vécu à une époque beaucoup plus récente. Que savons-nous, par exemple, sur les descendants de Ligier Richier, héritiers du style et du génie du maitre? Que savons-nous aussi sur une autre famille, lorraine égale- ment, de sculpteurs célèbres : la famille des Drouin ? Bien peu de chose hélas ! Celui qui parait en être le chef: Flo- rent Drouin, apparait vers le milieu du xvi* siècle et sa lisnée se poursuit jusque vers la fin du xvu*. Les œuvres de ces oubliés, quoique nous en possédions bien peu aujourd’hui, furent, nous le savons, nombreuses et céle-

(1) Cette mention signifie que l'orfèvre fit, pour l’encensoir, un dou- ble fond, ou garde-cendres, destiné à contenir les charbons, afin d'isoler le métal précieux du contact direct du feu.

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bres et l’un d’eux au moins collabora avec le propre fils du maitre de Saint-Mihiel (1).

Quelques marchés passés à l'occasion de certains tra- vaux, des lettres patentes émanant de la chancellerie ducale et conférant à nos artistes des exemptions et privi- lèges, voilà les seules pièces qui peuvent nous éclairer faiblement mais sûrement, sur leur compte. Ces divers éléments, épars dans différents dépôts d’archives, ont per- mis à Henri Lepage d’esquisser à grands traits une biogra- phie sommaire des principaux personnages qui firent briller dans les arts ce nom de Drouin. Il semble que chez eux, tout comme chez les Richier, la vieille méthode de l'apprentissage et du travail familial se maintint longtemps encore, malgré l'invasion de l’italianisme et l’organisation académique alors dans sa fleur.

Parmi les pièces annexées aux registres de notre confré- rie touloise, j'ai rencontré deux actes complètement in- connus jusqu'ici je crois, concernant un des membres les plus renommés de la famille: Siméon Drouin (2). Ils m'ont paru d’autant plus dignes d’être publiés, qu’ils per- mettent d'ajouter un numéro inédit au catalogue encore

1} Cf. Abbé Sounaur, Les Richier et leurs œuvres, p. 337 ; Léon GEnmaix, La Famille des Richier, p. 15.

12) On a, jusqu'à présent, publié peu de chose sur les membres de celle famille que l'on à d'ailleurs souvent confandus entre eux. Cf. Dou Cauuer, Bibliothèque Lorraine, (Nancy, 1751), t. I, col. 336-337 ; CHevuieR, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes de la Lor- raine (175%, 1, p. 199; Duniva, Description de la Lorraine et du Barrois, (Nancy, 1779), t. II, p. 4849; Lioxxois, Histoire des villes rieille et neuve de Nancy, (Nancy, 1805-1811), &. 1, p. 22, 118, 237, #9); CH, p. 294, 386 ; t. III, p. 5. Tous ces articles sont tres courts et se rapportent surtout à des œuvres exécutées par nos arlistes et pla- cées dans différents édifices de Nancy et de la Lorraine : nombre de détails biographiques sont très erronés et démentis par les documents. Le travail le plus sérieux est celui d'HENRI Lebaue, Une Famille de sculpteurs lorrains, dans Mém. de la Soc. d'Archéol. lorr., 1863, p. 27 à 74; Sur le vœu de la ville de Nancy à Notre-Dame de Bon. Secours, publié dans le même recucil, 1864, p. 254 à 272. Voir égal. RENE Méxann, L'Art en Alsace-Lorraine, (Paris, 1876), p..3:9-350.

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bien sommaire des œuvres de l'artiste, et que de plus, en les rapprochant de différentes indications qui nous sont fournies par les registres des années 1650, 16:51 et 1652, on arrive à fixer, à quelques mois près, la date de son déces, point demeuré assez vague dans le travail d'Henri Lepage.

Ces actes, dressés par le notaire royal de la résidence de Toul, sont relatifs à un autel qui parait être l'autel principal de l’église Saint-Vaast que les confrères de Saint-Nicolas-des-Clercs s'étaient décidé à faire recons- truire pour remplacer, selon toute apparence, le vieil autel gothique dont « Estienne l'illumineur » avait, en 1495, « radoubbé » les quatre anges. Ils nous fournissent des indications précieuses sur la nature du travail, ses condi- tions d’exécution, règlent les termes de l'accord inter- venu entre Siméon Drouin et les administrateurs de Ïla confrérie, et nous apprennent l’existence, à Toul, d’un personnage qualifié du titre de « maistre architecque ». mais qui semble bien plutôt n'avoir joué en la circons- tance que le rôle, plus modeste, de maitre macon, chargé uniquement de la fourniture des parties accessoires et de la mise en place des matériaux ouvrés par le sculpteur.

Ce dernier individu, appelé Jean Agot, avec lequel Siméon Drouin, auteur du projet et véritable entrepreneur des travaux, avait également passé un marché en bonne forme, mais que nous ne possédons plus 11}, mourut peu de temps après et fut remplacé par son frère « Laurenz Aglot ».

Avant que l’autel ne fùt achevé, Siméon Drouin mourait à son tour. Un traité complémentaire, qui constitue Île second de nos documents, intervint alors entre sa veuve, « Claude d’Apvril » dont le nom nous est ainsi révele, et

(4) L'accord intervenu entre la veuve de Siméon Drouin et le sculp- teur Nicolas Toussaint, pour l'achèvement des travaux, nous apprend que ce marché fut passé le 29 octobre 16:59, deux jours après celui intervenu ‘entre Siméon et les confrères.

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un sculpteur de Toul, Nicolas Toussaint, qui s'engage à parfaire l’œuvre dont le défunt n'avait en somme que tracé le plan et ébauché quelques parties.

Voici les termes de ces différents marchés, dont les confrères se firent délivrer les copies retrouvées dans leurs archives et que je transcris textuellement ici :

« Pardevant le notaire roial héréditaire estably à Toul soubsigné, et en présence des tesmoins cy bas nommés, furent présents en leurs personnes : honorables hommes Siiméon Drouin, Maistre Sculpteur demeurant à Nancy, et Jean Agot, Maistre Architecque bourgeois de Toul d'une part ; et vénérables Sieurs: Messire Dominique Delly, Escolatre et Chanoine de l'Eglise de Toul, oficial général de l'Evesché dudict Toul, chef de la confrérie St-Nicolas des Clercs érigée en l'Eglise St-Vaast dudict Toul; vénérable Sieur Maistre Drouet Warin, archi- diacre de Vosges ; Maistre Nicolas Mouga, trésorier ; Maistre Claude Coureux ; Maistre Gérard Henry et Maistre François Caillière ; tous chanoines et confraires d’icelle confrairie ; Maistre Nicolas Thouvenel, Receveur ; Maistre Claude Bayon, Gouverneur ; et Maistre Jean Dupas- quier, Procureur de ladicte confrairie d'autre part. Lesquelz ont recogneu avoir faict les traicté et conventions cy après. C'est assça- voir : que lesdicts Drouin et Agot ont proumis et se sont obligés et s'obligent par ces présentes, de faire incessamment ct jour après autre : Un autel en ladicte Eglise St-Vaast, iceluy posé ct rendu, faict et par- faict, bien et deument au dire d'experts et gens à ce cognoissant, dans le jour de Pasques prochain venant, le tout suivant et conformément au desseing que lesdicts entrepreneurs ont représenté en passant le present traicté signé des parties ; excepté qu'au lieu du Salvator y désigné, ilz mettront une image de St Michel avec une espée et balance de justice. Et auront les quatre pillastres de marbre un poulce et demy de relief ou environ et tout le reste sera proportionné et con- forme audict desseing et model, et sera mise pierre de taille dure jus- ques à la haulteur de la table de l'autel ct le reste de pierre blanche de Sorcy. Et le fond derrière la Nostre Dame scra remply de mesme pierre de Sorcy. Et est faict le présent traicté pour et parmy la somme de six cent cinquante frans barrois que lesdicts Sieurs Delly et confraires ont promis payer et délivrer auxdicts Drouin et Agot, ce acceptant, par les mains du Sieur Thouvenel, Receveur, à trois termes et paiements; sçavoir : deux cent cinquante frans incessamment et par advance pour aider à faire les fournitures, autres deux cent frans aproportion du travail qui se fera audict ouvrage et deux cent frans

QU LE

après que le tout sera faict, parfaict et reçeu comme dict est. Et pour assurance tant desdicles avances que accomplissement desdictz traités et conventions cy dessus, lesditz Drouin et Agot ont obligés et obligent solidairement l’un l’autre, l’un pour l'autre, et l'un deulx seul pour le tout, sans division, tous un chascun les biens moeubles et immoeubles présentz et advenir etc... Submettant et renonçantz à l'exception du principal, premier faict convenir, et au bénéfice de division, ordre de droit et de discussion, le tout au premier requis et au choix desditz Sieurs confraires. Soubz promesse que lesdictz Drouin et Agot se sont faicts de s’indemniser et dédommager l’un l'autre de tout ce que dessus, soubz les peines et obligations susdictes. Faict à Toul, après midy, le vingt septième jour du mois d'octobre mil six cent cinquante. Présentz Claude Masson et Louis Humbert, Clercs demeurant audict Toul, tes moings à ce requis qui ont signé avec les partyes; ainsy signé N Drouyn, J. Agot, Delly,C. Bayon, J. Dupasquier, N. Wuarin, N. Mouga, C. Coureux, E. Henry, F. Caillière, N. Thouvenel, C. Masson, L. ilum-

bert et A. Delabarre avec parapfes à la minutle. A. DELABARRE ».

A la suite de cette première pièce ont été ajoutées les lignes suivantes :

« Je soubsigné, Laurenz Aglot, certisfie par ces présentes que je me suis chargé de parfaire el construire l'architecture que défuncl mon frère Jean Aglot s'avoit chargé de faire en l'Eglise Saint-Vast de ceste ville de Toul; suivant et conformément le marché qui a estez passé par M: Anthoine Delabarre entre Monsieur Drouin et deffunct mondict frère ».

Contrat intervenu entre la veuve de Siméon Drouin et Nicolas Toussaint sculpteur à Toul (1).

(1) Nicolas Toussaint était membre de la confrérie de Saint-Nicolas- des-Clers ; son nom se trouve, pour la premivre fois, dans le registre de l’année 1638. 11 mourut en 1681; le chapitre des dépenses de cette année porte à son sujet la mention suivante : « Payé pour les obseques de Nicolas Toussaint, vivant M''° Exculleur, sept francs trois gros, scavoir : quatre frans pour la musique el trente gros pour le sieur sacristain et neuf gros aux bedeaux ». Nicolas Toussaint était égale- ment l'auteur des dessins de la chapelle et de la châsse de saint Joseph, dont la commande lui avait été faite par le chapitre de la cathédrale. Ces plans, présentés le 23 janvier 1669, furent acceptés moyennant cer- taines moditications el mis aussitôt à exécution par leur auteur. La confection de la chàässe fut contiée à un orfèvre de Nancy nommé Racle. Cf. Abbé GuicaUMe, art. cel, p. 13% et 1935.

vie

a Le trentième jour du mois de décembre mil six cens cinquante et un, comparurent personnellement : honorable homme Nicolas Tous- saint, Maistre Sculpteur demeurant à Toul d’une part ; et dame Claude d'Apvril, veuve de défunct Siméon Drouin, vivant Maistre Sculpteur demeurant à Nancy, d'autre part. Lesquelz ont déclaré: particulière- ment ladicte dame Claude d'Apvril, -que ledict deffunct Drouin son mari, ayant marchandé avec Jean Agot, vivant Maistre Masson, bour- geois de ceste ville de Toul, de construire un autel en l'Eglise St-Vaast de ceste ville de Toul, lesquels Drouin et Agot ayant été prévenus de mort avant que d'avoir parachevé ledict autel, ladicte dame d’Apvril est demeurée d'accord avec ledict Toussaint touchant ce aquoy ledict deflunct Drouin peut estre altenu ensuitte et conformément à l'accord faict et passé soubs seing privé entre lesdicts deffuncts Drouin et Agot, en datte du 29 du mois d'octobre 1650, signé Drouin et Agot, dont copie est cy jointe. Sçavoir que ledict Toussaint a promis ct s’oblige par ces présentes d'achever les figures commencées par ledict deffunct Drouin et l’ornement suivant le desseing ; pourquoy faire ladicte dame soblige par ces mesmes présentes de fournir tous les marbres, tant pillastres en nombre de quatre que pied destal, comme aussy pour le cadre ; et icelle pierre de marbre estant bien pollie, les faire apporter à ses frais et despens de ladicte ville de Nancy en ce lieu de Toul. Pour les peines et façons dudict Toussaint, ladicte dame d’Apvril a promis et promet de délivrer audict Toussaint quatre colonnes de marbre noir, semblables à celles que sont en l’épitapfe de defflunct Monsieur de Lenoncourt en l’église des Pères Cordeliers de ceste ville de Toul, que ledict defflunct Drouin a ja vendues audict Toussainct. Lesquelles quatre colonnes iceluy Toussaint choisira entre trentre-quatre que ladicte dame d’Apvril peut avoir en sa puissance. En outre ledict tra- vail et pour le prix et estimation desdictes quatre colonnes, ledict Toussainct est demeuré d’accord avec ladicte dame d’Apvril moiennant la somme de trois cens vingt frans barrois ; surquoy ladicte dame d'Apvril a receu dudict Toussaint, manuellement comptées en espèces d'or et d'argent mises au descouvert à la passation des présentes, la somme de soixante et dix frans barrois. Et le surplus, montant à deux cent cinquante frans, ledict Toussainct a promis et promect les paier à ladicte dame d’Apvril lorsquil se transportera en ladicte ville pour prendre et recevoir d'elle lesdictes quatre colonnes. Moiennant lesdictes choses cy dessus, ledict Toussainct a promis et promect de parachever ledict autel de St-Vaast le plus diligemment qu'il lui sera possible, le tout au contenu du desseing et du traicté faict entre lesdits Drouin et Aglot et à la descharge de ladicte dame. Le tout ainsy estre stipulé entre les partyes qui ont promis, chascun à leur égard, satisfaire à tout

Se LE ST A ne

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ce que dessus, soubs l'obligation de tous leurs biens et soubmettant, etc. renonçant etc... Faict à Toui après midy, présentz le sieur Fran- çois Drouville, demeurant à Toul, et Demange le Clert, demeurant à Barisey-au-Plain, tesmoings à ce requis, qui ont signé avec les parties: ainsy signé Nicolas Toussainct, Claude d'Apvril, F. Drouville, Demange le Clert, etc... et A. Delabarre avec parapfes à la minutte.

A. DELAUARRE. »

Voici maintenant les indications relevés dans les regis- tres de la confrérie et constatant l'exécution des clauses et du mode de payement porté au premier marché.

Registre de l’année 1650 (1). Dépenses extraordi- naires.

« Item, le 28° octobre, iay délivré à Maistre Siméon Drouin et Mstre Jehan Agot, deux cent cinquante frans en bon compte des six cent cinquante frans qu'ils doibvent avoir pour faire un autel en l'église St-Vaast, comme il apert par mandement de Messire d'OIly ».

Année 1651 (2). Mème chapitre.

« À maistre Jehan Aglot, le 44 apvril, dix frans sur le marché de

l'autel comme apert par sa quittance.

« À maistre Siméon Drouin, le six may, dix-huit frans sur le marché de l’autel comme il apert par sa quittance.

« Aux massons, un quart de vin lors quils ont mis la première pierre au fondement de l'autel ij fr. 1 denier.

« À maistres Siméon Drouin et Laurent Aglot, soixante et douze frans sur le marché de l'autel comme apert de leur quittance du 25° juin.

« À maistres Siméon et Laurent Aglot, cinquante frans barrois à bon compte sur l'ouvrage de l'autel de S. Vaast comme apert par leur quittance du xiij aoust ».

(4) Arch. départementales, G. 1251. (2) Arch. départementales, G. 1209.

89 Année 1652 (1). —- Même chapitre.

« Le deuxiesme d'apvril, ledit comptable a délivré douze frans bar- rois à la femme de feu M'e Drouin sur le marché de l'autel dudit St Vaast comme il apert par sa quittance.

« Le vingl quatrième apvril, il a délivré à laditte femme dudit M": Drouin, trente-huit frans barrois comme il apert par sa quittance.

«a Le mesme jour, il a délivré à M'° Laurent Aglot, dix frans barrois sur le marché de l'autel de St Vaast.

[3 e C2 ° e e [2 . e e. ° . e C] e e . e

« Item le (?) aoust, il a délivré à la femme de Drouin, quatre- vingt-dix frans barrois sur le marché de l'autel.

« Item, à Anthoine Delabarre, notaire, dix gros pour avoir les coppies du marché faict de l'autel de Saint-Vaast entre feu M''° Siméon

Drouin, Jean Aglot et M'° Nicolas Toussaint ».

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. e e . e LI e. e e e . e . e. e . . e e e . à

« Item, à la femme de feu M'° Siméon Drouin, soixante frans pour

parpaye de ce qu'il estoit deu de sa part pour parachever l'autel comme il appert par sa quittance ».

Cette mention est la dernière de celles relatives aux tra- vaux du maitre-autel de Saint-Vaast. L’exécution, comme on vient de le voir, avait été entravée par bien des vicis- situdes ; ni l’auteur du projet, pas plus que celui sur la collaboration duquel il comptait, n’en virent le complet achèvement. Le délai de livraison fixé par le premier marché se trouva, par suite, retardé de plus d’une année.

« Siméon Drouin, dit Henri Lepage (2), vivait encore en 1644... J'ai voulu chercher à fixer la date précise de sa mort; mais les registres des paroisses, conservées aux Archives de l'Hôtel de Ville de Nancy, ne m'ont fourni aucun renseignement à cet égard et j'ignore s’il faut adop- ter la date de 1649, donnée par Chevrier et Durival, ou bien celle de 1647, indiquée sur la foi de je ne sais quel autorité, par les auteurs des biographies modernes. »

(1) Arch. départementales, G. 1909. (2) Art, cit, p. 72-73.

Dans un travail complémentaire publié l’année suivante, le même auteur revient sur cette question el cherche à la préciser à l’aide de nouveaux documents.

« Dans les comptes du receveur (de la ville de Nancy}, dit-il, à partir de 1645, on trouve annuellement une note constatant l’état de l'ouvrage commandé à Patena (1), et cette note contient invariablement la formule suivante: «suivant le dessin fait par le Sr Simon Drouin ». La men- tion consignée dans Île registre de 1652 porte: « suivant le dessin fait par défunt le Sr Simon Drouin »; d’où il est permis de conclure que notre artiste mourut soit à la fin de 4651, soit au commencement de 1652 (2). »

En rapprochant les différents textes que j'ai cités plus haut, on arrive à fixer d’une façon beaucoup plus précise la date de cette mort. Le dernier acompte versé à l’artiste par les confrères est du 13 août 1651 ; le 30 décembre de la même année, un accord intervient entre Claude d’Apvril, sa veuve, et le sculpteur Nicolas Toussaint, pour régler les conditions suivant lesquelles ce dernier achèvera le tra- vail demeuré en suspens. C’est donc entre ces deux dates: 13 août et 30 décembre 1651 qu'il faut placer le décès de Siméon Drouin. Le maître devait alors être parvenu à un âge assez avancé, car le premier document qui nous le fait connaître est daté du 6 août 1616. Si l’on en juge d’après l’importance des œuvres indiquées dans ce marché et l’habileté dont, au dire de quelques auteurs, il avait fait preuve dans leur exécution, il est impossible d’admet- tre, qu'à cette date que trente-cinq années séparent de

(1) I s'agissait d'une « table d'argent fin, poinçon de Paris » qui devait étre envoyée en ex-voto au sanctuaire de Notre-Dame de Lorette (Italie) en exécution d’un vœu fait par la ville de Nancy en 1633. Sur cette table devaient « estre représenté ct cizellé les deux villes de Nancy avec leurs principaulx édifices et fortifications ». Le dessin sur papier, «de la représentation desdites deux villes », exécuté sur l'ordre du Conseil de la ville, par Siméon Drouin, lui fut payé 160 fr.

(2) Henet LEPAGE, Sur le vœu. à N.-D. de Bon-Secours,.art. cit., p. 210-271. |

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celle de sa mort, il était encore un jeune débutant. 1l appa- rait bien plutôt comme un homme déjà formé et un prati- cien habile.

La non existence de l’acte de décès du sculpteur dans les registres des paroisses de Nancy ne nous surprend qu’à demi. Son prénom biblique de Siméon, ceux tout aussi caractéristiques de Jessé et d’Isaac, portés par d’autres membres de la même famille et dans lesquels Henri Lepage voyait déjà « quelque chose d'’étrange », est pour nous un indice significatif. Cette tribu d’artistes dont l'ancêtre : Florent Drouin (1), disparait de Nancy vers 1560 pour aller s’établir à Metz (2), d’où il ne revint qu’en 1572, sur les instances du duc de Lorraine lui-même, avait dù, comme la famille des Richier et bon nombre d'artistes français du même temps, embrasser les idées de la Réforme.

Rien d'étonnant alors à ce que, au décès du maitre, la sépulture ecclésiastique ait été refusée à sa dépouille mor- telle et que l'acte d'inhumation ne se rencontre point dans les registres de catholicité.

Ceci, j'en conviens, n’est qu’une hypothèse, mais les faits, secondaires il est vrai, sur lesquels elle s'appuie, me semblent assez probants pour permettre tout au moins de l'indiquer en attendant que d’autres, plus positifs et con- cluants, viennent la confirmer ou la détruire.

Il ne faut pas davantage chercher à travers le dédale des rues tortueuses de la ville de Toul, ou sur l’une de ses places étroites et comme resserrées sous la rude étreinte

(l) Ce Florent Drouin excrçait la profession de « maistre maçon », il est aussi, parfois, qualifié d'architecte, mais sa véritable profession parait avoir été celle de sculpteur. C'est à ce dernier titre que le duc Charles JII l’attacha à sa personne. Cf. HENRI LEPAGE, arl. Cil., année 1863, p. 38 à 47. |

(2) C'est précisément vers celte date que commença l'exode des Réformés lorrains sur Metz ou Genève. Cf. Pasteur O. Cuvier, Les Réformes de Lorraine et du pays Messin, dans Mém. de l’Academie de Stanislas, année 1883, p. 175 à 204.

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des remparts, la façade gothique de l’église Saint-Vaast et les voûtes sous lesquelles fut dressé l'autel sculpté par Siméon Drouin. L'édifice et l’œuvre qu'il abrita ont dis- paru depuis longtemps, emportés par la tempête révolu tionnaire. Seuls les papiers jaunis de nos archives gardent aujourd'hui le souvenir d’un de nos plus vieux monu- ments et du dernier travail d’un de nos meilleurs artistes. Pau DENIS.

LES DIPLOMES DE CHARLEMAGNE POUR L'ÉGLISE DE TUUL.

Ils ont sans doute été nombreux, mais nous n’en connais: sons actuellement que quelques-uns, et de plus, il n’en est qu’un seul dont nous possédions le texte même; sur les autres il ne nous reste que des indications brèves et souvent très vagues.

D'abord, le diplôme subsistant : en 788, le 3 des ides de juin, c’est-à-dire le 11 juin, Charlemagne approuve un échange de terres fait entre Bornon, évêque de Toul, et Angelranne, évêque de Metz. Ce document a été publié dans la Gallia christiana (1), et plus récemment, dans les Monumenta Germaniæ historica (2). 1] est enregistré par Sickel sous le 118 des diplômes de Charlemagne (3).

Passons aux diplômes dont nous n'avons plus la teneur : le même ouvrage de Sickel, dans la liste des actes per- dus (4), donne la mention suivante : « Karoli donatio et apennis pro Bornone episcopo », avec renvois à la (Gallia christiana (5),etaux (resta episcoporum tullensium (6), l’on voit que par ce diplôme, l’empereur donnait ou restituait

(1) T. XIIF, col. 446 des preuves.

(2) Section (in-#) des Diplomala Karolinorum, t. 1 (1906), p. 218, 161.

(3) Sickez, Acta regum et imperalorum Karolinorum digesta el enarrala, Vienne, 1867, 2 in-8.

(4) T. Il, p. 385.

(5) T. XIII, col. 967 du texte.

(6) Dans Cazuer, Hist. de Lorraine, 1" éd., t. 1, col. 128 des preuves.

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à l'église de Toul l’abbaye d’Offonville (1). B. Picart (2) mentionne aussi cette restitution dans son récit de l’épis- copat de Bornon, épiscopat fort long, puisqu'il correspond aux dernières années de Pépin et à une bonne partie du règne de Charlemagne, en sorte qu'il n’est pas possible de serrer d'un peu près la date de ce diplôme.

Sous l’épiscopat suivant, celui d'Unanimic ou Wannic, qui mourut en 813, B. Picart (3) place une acquisition semblable : Charlemagne, dit-il, donna à cet évêque l'ab- baye de Crète, en latin Christiani monasterium ; mais il se trompe dans cette identification de lieu : il pense évidem- ment à l’abbaye bien connue de La Crète (4), seulement le nom latin de celle ci est Crista, de plus c’est une abbaye cistercienne fondée seulement en 1121. Nous croyons qu'il faut chercher le monastère donné à Wannic très loin de Toul, à l’autre extrémité de la Gaule, et le reconnaitre dans Sancta Christina de Ulona, c'est-à-dire des Sables d'Olonne en Vendée, monastère de l'ordre de saint Benoit, et qui est bien des temps carolingiens, car on le trouve mentionné dans un diplôme de Louis le Pieux en 822 (5).

Toujours dans B. Picart, et sous le même épiscopat, est mentionné un autre acte par lequel Charlemagne aurait forcé des seigneurs qui avaient enlevé Void et Vicherey à l'église de Toul à les lui restituer : « Il en fit même expé- dier une charte par laquelle il veut et entend que cette éslise en ait la possession depuis le ciel jusqu’à l’abime, présens Roland et Olivier. Ce sont les expressions du

) Aujourd’hui Enfonvelle, Haute-Marne, arr. Langres, cant. Bour- bonne-les-Bains. Le diplôme ne devait pas se trouver parmi les litres de l’église de Toul, car Le Moine qui les inventoria de 1757 à 1763, ne le releve pas dans son inventaire, aujourd'hui aux archives de Meurthe-et-Moselle, G. 1384.

(à) Hist. de Toul, p. 280.

13) Zbud,, p. 281. Le diplôme relatif a ce don ne figure pas non plus dans l'inventaire de Le Moine, sans doute pour la mème raison.

4) Haute-Marne, arr. Chaumont, cant. Andelot.

3} SICREL, 0p. cil., 185 des actes de Louis.

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litre (1) ». Il est vraiment fâcheux que le P. Picart ne nous ait pas conservé le texte d’une charte qui contenait des mentions aussi intéressantes : füt-elle même reconnue fausse, comme il est possible, elle aurait l’avantage de nous faire voir comment, à une époque postérieure, on s'y prenait pour introduire dans un document historique les noms de ces personnages légendaires qui ont enthou- siasmé la féodalité du x1° et du xnr siècles (2).

Enfin, Henri Lepage, sous la cote G. 1349 de l’Inrentaire sommaire des archives de Meurthe et-Moselle, signale, dans le fonds du chapitre épiscopal de Toul, la « copie du diplôme de Charlemagne portant confirmation des biens de l’église de Toul, parmi lesquels les églises de Void, Ochey, Trous- se, Dommartin devant-Toul, la chapelle de Francheville, la ville de Vicherey, des vignes à Bruley, Lucey, etc. » Comme en têle de cetle liasse sont écrites les dates extré- mes 8001775, nous supposons que 800 aurait été la date de l'acte en question. Or, nous avons cherché en vain ce diplôme de Charlemagne, et dans cette lasse, el dans les liasses voisines. Aucun document semblable ne se trouve, ni dans les ouvrages de dom Calmet et de B. Picart, ni dans le précieux inventaire manuscrit des titres du chapi- tre de Toul par Le Moine, ni dans la Table chronologique des diplomes de Bréquigny (3), ni dans le si complet catalogue de Sickel, ni dans la toute récente édition des diplômes carolingiens qui fait partie de la collection des Monumenta (iermanice historica, et que nous avons citée plus haut. Il

(t) Hit. de Toul, p. 281. En marge, PicantT a écrit la date 804, qui peut-être se rapporte plutôt à la donation du Chrisliani monaste- rium : M. l'abbé MaRriN a néanmoins appliqué cette dale à la restilu- lion de Void et Vicherey, dans son Haist. des dioceses de Toul, de Nancy et de Saint-Dié, t. I. p. 93.

(2) Cette charte n'est pas citée par Le Moine, soit qu'elle ne füt pas dans les archives de l'église de Toul, soit que ce diplomatiste avist l'avant jugée d’une authenticité suspecte, n'ait pas voulu en parler.

(3 T. 1 (1769. Bréquigny ne connait pas de charte octroyée à l'église de Toul avant 845,

serait bien surprenant qu’un diplôme de Charlemagne, mème à l’état de copie, eût échappé à tous ces auteurs, et surtout à Picart et à Le Moine, qui, dans le courant du xvur siècle, ont eu entre les mains et ont longuement étudié les archives de l’église de Toul. Nous pensons donc que cette mention de l’Inrentaire Sommaire est erronée (il y a assez d'erreurs pareilles dans cet ouvrage fait un peu rapidement et les dates, selon les instructions alors en vigueur, sont par trop négligées) ; ici, l'erreur provien- drait d’une confusion avec un diplôme du 12 juin 885, rendu par Charles-le-Gros, qui fait partie d’une liasse loute proche, G. 1347, et qui rend précisément à l'église de Toul les mêmes localités, entre autres Vicherey (1). Il est ssez aisé, quand on lit vite, de confondre en tête d’un diplôme Charles-le-Gros et Charles-le-Grand, et de confon- dre aussi les dates, qui, on le sait, ne sont pas données tres nettement dans les actes carolingiens.

Ainsi, ces cinq diplômes de Charlemagne pour l’église de Toul se réduisent probablement à trois, puisque le der- nier doit sans doute être restitué à Charles-le-Gros, et que l'avant-dernier n’est peut-être pas authentique. C’est peu, etil est à croire que la chancellerie du grand empereur à expédié bien d’autres chartes, aujourd’hui perdues, en faveur de l'important siège épiscopal de Toul, puisqu'elle en a fait deux, à notre connaissance, en faveur d’un très petit monastère, le prieuré de Salone (2) ; el par une rare fortune, l’original de ces deux diplômes nous a été conser: vé: l’un, daté de Thionville en novembre 775, qui donne à Salone un domaine dans le pays de la Seille, est aux Ar- chives Nationales (3) ; l’autre, daté d’Aix, le 6 décembre

({} Ce diplôme de Charles-le-Gros est imprimé, avec la date fautive de 883, dans B. PicanT, Hist. de Toul, p. # des preuves ; la vraie date est donnée dans les Regesten des Kaïserreichs unter den Karolingern de BŒHMER-MUBRLHACHER, éd., 1702.

(2) Meurthe annexée, cant. Château-Salins.

(3) 11 a été publié par dom Bocquer et par MiGxE, et en dernier lieu dans les Monum. Germ. hist., Diplom. Karolin., t. I, p. 152, 107.

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317, qui confirme les droits de l'abbaye de Saint-Denis sur son prieuré de Salone, se trouve aux archives de Meurthe: et Moselle (1), dont il est le plus ancien document original.

E. DUVERNOY.

DEUX FONDEURS DE CLOCHES LORRAINS

Dans le registre des sentences du bailliage de l’évèché de Metz à Vic pour les années 1613 à 1623, nous trouvons au fol. SS les noms de deux fondeurs de cloches qui sont, croyons-naus., inconnus, et l'indication des clients pour lesquels ils travaillaient :

Du jeudy 21 de may 1615.

En la cause d'entre Nicolas Lanière et Nicolas Bessot, maitres fon- deurs de cloches demeurant à Hellocourt (2), demandeurs en recognois- sance de scédule d’une part, et Jean Raimbault, maire, et Nicolas Roussel, maistre échevin de Bazin (3), commis d'église au ban de Nos- soncourt (4), deffendeurs..

La suite de la sentence règle des détails de procédure

sans intérêt. E. D.

(t) Liasse G. 468. I à été édité un grand nombre de fois, entre au- tres dans le Journal de la Soc. d'archéol. lorr., 1852, p. 158 ; dans le Musée des archives départementales, p. 1 {avec fac-simile) ; dans le mème volume des Monum. Germ. hist., p. 16%, 118.

(2) Hellocourt ou La Broc, canton de Vic, faisait partie de l'ancien bailliage de Vic.

(3) Bazin, aujourd’hui Bazien, canton de Rambervillers.

(4) Nossoncourt, canton de Rambervillers.

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Pour la Commission de rédaction, le Président : L. QUINTARD.

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L'imprimeur-gérant : A. CRéPIN-LEuLOND, 21, rue Saint-Dizier, Nancy.

BULLETIN MENSUEL

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN

CE

7: ANNÉE. NUMÉRO 5. MAI 1907.

nee

Procès-verbal de la Séance du vendredi 49 avril 4907. PRÉSIDENCE DE M. QUINTARD, PRÉSIDENT. Le pracès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. Communications.

M. le Président informe la Société qu'il a recu de M. le Ministre de l'instruction publique el des Beaux-Arts, la lettre d'avis d'ordonnance de paiement d’une somme de trois cents francs à titre de subvention à ladite Société en 1907. La Société autorise son Président, M. L. Quintard, à toucher cette somme. |

Lecture est donnée par M. le Président d’un vœu de l'Académie de Reims, que nous repreduisons plus loin in extenso, vœu auquel la Société donne très volontiers son adhesion.

Communication est faite du programme du Congrès préhistorique de France, qui se liendra à Autun, du 13 au 18 soût, ainsi que de celui du Congres de la Société fran- çaise d'Archéologie, dont les travaux conimenceront le 1! juin, à Avallon.

9

YS

La Société d'archéologie de Bruxelles fera une excursion, hors frontières, du 41 au 15 août, elle compte visiter Metz, Nancy, Luxembourg.

La question de recevoir nos collègues belges sera agitée en temps utile. a |

MM. Séchehaye, le général de Lardemelle et Berthelin de Doulevant, ont adressé leurs remerciements au sujet de leur admission.

Nécrologie.

Il est donné avis du décès du comte de Lambertye, à Compiègne. A

Admission. M. Chevalier est admis conime membre titulaire.

Présentations.

Sont présentés comme membres tilulaires : M. Emile George, notaire, rue Gambetta, Lunéville, par MM. Duver- noy, Pierre Boyé et Quintard; M. l'abbé Louis Gilbert Walbock, professeur à Montigny-les Metz (Lorraine). par MM. l'abbé Eugène Martin, Duvernoy et Quintard ; Mit: Ma- deleine Salleron, 6, avenue Bugeaud, Paris (XVI‘), par MM. Edmond des Robert, le comte E. Fourier de Bacourt et Georges Goury.

Ouvrages offerts à la Socicte.

Annuaire de Lorraine, Nancy, A. Crépin-Leblond, 1907. Fort volume in-4° de 2.182 pages, offert par l'éditeur.

Chaligny, ses seigneurs, son cumté, histoire et institutions d'une seigneurie lorraine, par M. Paul FOURNIER, correspon- dant de l’Institut, doyen de la faculté de droit de Grenoble. Nancy, A. Crépin-Leblond, 1907, vol. in-8° de 582 pages. Extrait.

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Les sceaux du couvent et de quelques abbés de Saint-Pierre- mont, par Edmond des RoserT, Bar-le-Duc, Contant-La- guerre, 1907, in-8° de 10 pages. Extrait.

Une querelle de Médecins au xvin® siècle (Episode de l'his- toire de la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson), par le docteur P. PILLEMENT. (Extrait de 13 pages in-8° du Pays Lorrain, 3, mars 1907.)

La noce de not’Ugène, paysannerie lorraine en un acte, par Emile BADEL, avec changements (de V. Collenet) con- sentis par l’auteur (Charmes 1907), n. 1. n. d., 116 pages, in 12.

Lecture.

M.R. Parisor continue la lecture de son travail sur : Les origines de la Haute-Lorraine et sa première maison ducale (959-1033).

LETTRE DE L'ACADÉMIE NATIONALE DE REIMS Reims, le 29 février 1907.

Monsieur le Président,

Nous avons l’honneur de vous communiquer le vœu émis par notre Société, dans sa séance du 26 janvier 1907, rela- üvement à la conservation sur place des richesses litté- raires et artistiques mises aujourd’hui sous séquestre :

« L'Académie, renouvelant le vœu qu’elle a déjà formé en 1905, en faveur des édifices religieux et des œuvres d'art qu’ils contiennent, en exprime un semblable à l’effet de voir sauvegarder et conserver sur place toutes les œuvres d'art, les bibliothèques et les collections en tous genres dépendant des menses et des autres établissements publics du culte récernment supprimés. »

Inspirés par une pensée de préservation et de décentra- lisation, nous vous prions de vouloir bien vous associer à

L

= 400

ce vœu, en l'appuyant auprès des pouvoirs publics et en agissant en sa faveur sur l’opinion avtour de vous. Il s’agit, en effet, d'obtenir le maintien de toutes ces choses précieuses elles se trouvent, et dans leur cadre sécu- laire, comme étant le patrimoine historique, la parure el l'attrait de chacune de nos villes.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de nos sentiments de parfaite considération et d’entier dévoi- ment.

Le President, . Le Vice-Président.

Dr A. BourGEois. Alph. Gosser.

Le Secrétaire général, Le Secrétaire archiviste, H. JADaART. L. DEMaIsox.

=

MÉMOIRES

MARIA SPONSA FILII DEIÏ,

Les lecteurs de ce Bulletin se rappellent l'étude récente de M. Paul Denis, sur la Vierge de Maxéville. Cette étude ne m'a pas convaincu. Je crois, comme M. Denis, la Vierge de Maxéville du xiv° siècle ; mais sur tout le reste, je ne partage pas son avis. Il a expose sa façon de voir, je lui demande la permission de faire connaitre la mienne. La science ne vit que de libre discussion.

LL

e *

On est frappé, en regardant la Vierge de Maxéville, par une singularité iconographique : l'Enfant parait jouer avec l'anneau que sa mère porte à la main droite. M. Denis a consulté à ce sujet M. Raymond Koechlin, qui passe à bon droit pour l’un des meilleurs connaisseurs de la sculp- ture française au xive siecle; il en a reçu cette réponse: « Jamais je n’ai vu l'Enfant jouant avec la main de sa mére et lui prenant le doigt. J'en connais un seul exemple, mais très inférieur, à Saint-Martin-aux-Bois (Oise), signalé

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par M. Martin-Sabon. » Signalé, ou plutôt photographié. Vérification faite, la statue de Saint-Martin aux-Bois ne , représente rien de pareil, comme chacun pourra s'en ren- dre compte, en se reportant à l’article Saint-Hartin-aur- Bois, de la Grande Encyclopédie, elle est excellemment reproduite, d’après la photographie de M. Martin-Sabon.

* *

Le seul exemple que je trouve du type en question est une statuette de pierre qui a été donnée au musée de Cluny par Louis-Charles Timbal (1). Cette statue, pour être inédite, n’était pas inconnue. Dans son admirable traité de l’Ârt Religicur du x siècle en France, qui devrait être l'un des livres de chevet des archéologues français, M. Mâle l'avait signalée en ces termes (2) : « A la fin du xmne siècle, au seuil du xiv°, la Vierge des théologiens, majestueuse comme une pure idée, parut trop loin de l’homme... C'est alors que les artistes, fidèles interprètes des sentiments du peuple, conçurent la Vierge familière et charmante du portail Nord de Notre-Dame de Paris et la Vierge dorée d'Amiens : la Vierge est devenue une femme, une mère. Au milieu du xiv° siècle, le groupe de la Vierge et de l’En- fant, si solennel un siècle auparavant, n'aura plus rien que d’intime. Au musée de Cluny, on voit l’Enfant Jésus, joyeux petit Bourguignon aux oreilles écartées, jouer avec l'anneau de fiançailles de sa mère, l'anneau si vénéré de Pérouse. »

« Joyeux petit Bourguignon », parce que M. Mâle, sur la

_ {4) La tête est restaurée. Nous l'avons fait disparaitre de notre

reproduction. Le restaurateur de la Vierge Timbal lui a donné la cou-

ronne des reines. Si l'interprétation que nous proposons est juste, la

Vierge Timbal pouvait être nu-tête, comme la Vierge de Maxéville :

en ce cas, elle aurait été représentée, non en reine, mais en fiancée. (2) Page 277 de la édition.

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foi de l'étiquette que porte la statuette de Cluny, la croyait d'origine bourguignonne. Je reviendrai tantôt là-dessus. Je voudrais d’abord et c'est le plus important de ce que j'ai à dire examiner si vraiment la Vierge de Cluny, comme l’a cru M. Mâle, si la Vierge de Maxéville, comme l'a cru M. Denis, sont à inscrire au compte du réalisme ; si l'Enfant s'amuse vraiment avec la bague de sa mère ; ou si, au rebours de ce que dit M. Denis, il n’y a pas dans cegeste de l’Enfant une intention symbolique, un sens mystique. Il suffit, je crois, d’un coup d'æil jeté sur les photographies de la Vierge de Maxéville et de la Vierge de Cluny, pour sentir dans quelle erreur une idée préconçue a fait tomber MM. Mâle et Denis. Au xive siècle, l’idéa- lisme de l’ancienne imagerie meurt lentement, le réalisme, graduellement, le remplace. Cette vue générale est parfai- tement juste (1). Mais il y a des exceptions. Et, précisé- ment, les Vierges de Maxéville et de Cluny me semblent former une de ces exceptions. Comment MM. Mâle et Denis ne J’ont-ils pas aperçu ? L'un nous dit que l'Enfant de la statuette de Cluny est un joyeux petit, et, qui plus est, un joyeux petit Bourguignon, qui joue avec la bague de sa mère. Mais regardez la photographie : l'Enfant rit-il ? Est-il joyeux ? A-t-il l’air de s'amuser? La vérité, c'est qu'il est tout à fait grave; et il ne joue pas avec l’anneau de sa mère, il lui met gravement un anneau au doigt. De même, l'Enfant de la statue de Maxéville. M. Denis nous assure que le geste de cet enfant est « celui d’un bambin dont le regard, séduit par un objet brillant, le fixe d’abord et qui cherche bien vite à s’en emparer (2) »; que « les petits doigts du bambin, mêlés dans ceux de sa mère, semblent très amusés par une bague passée au doist

(1) RENAN, dans son Discours sur l'état des Beaux-Arts au xiv' siècle, (dans l'Histoire littéraire de la France au XIV: siècle, en collaboration avec Victor LE CrEnc), t. Il, p. 248, a là-dessus une page excellente.

(2) Bull. mensuel de la Soc. d'archéol. lorr., 1906, p. 266.

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majeur de celle-ci » ; qu’ « il parait fort occupé à la faire glisser ou tourner sur ce doigt »,et que « sa physionomie éveillée exprime le vif plaisir qu'il prend à ce jeu puéril. » Je ne vois rien de tout cela : l'Enfant de Maxéville, aussi grave que l'Enfant de Cluny, tient l'Évangile dans la main gauche : de l’autre main, il met une bague au doigt de la Vierge.

Il y a, dans cette représentation singulière, une idée mystique que les gens du xive siècle comprenaient aisé- ment. Si elle semble étrange aux personnes pieuses d’au- jourd'hui, c'est que la mystique suit, comme toute chose en ce monde, la loi inéxorable de l'évolution.

Aujourd’hui, les mystiques disent de la Vierge qu'elle est « fille du Père, mère du Verbe, épouse du Saint-Esprit » : ce sont les termes mêmes dont se sert l’Encyclique du 6 janvier 1907. Au xive siècle, la mystique considérait la Vierge comme l'épouse du Verbe même, c'est-à-dire de Jésus-Christ. J'en trouve la preuve, notamment (1), dans l'un des ouvrages les plus importants de la mystique du xive siècle, le Speculum humanae salvationis, dont nous connaissons, M. le pasteur Lutz et moi, 205 manuscrits épars dans les bibliothèques de l'Europe, sans parler des traductions françaises, allemandes, anglaise, hollandaises et tchèque, des éditions xylographiques et des impres- sions incunables : le Speculum humanac salrationis doit être compté parmi les livres pieux qui ont le plus alimenté

(4) Voir encore dans le De laudibus B. Mariae attribué, à tort, au dominicain Albert le Grand, livre VI, le chapitre sixième, qui est consacré à Maria sponsa, et, pour citer un ouvrage de théologie contem- poraine, La mére de Dieu du P. TERRIEN, S. J. (Paris, 1900), t. I, p. 179-188 : l'exposé du P. Terrien est diffus et ne parait pas témoigner d'une connaissance personnelle des textes ; on en retiendra les pre- mières lignes : « Troisième relation de Jésus avec la Vierge. Le Christ Sauveur est l'Epoux, et Marie, l'Epouse. Comme ce n'est plus chose ordinaire de les présenter l'un et l'autre à ce point de vue, il est juste de faire appel aux témoignages. »

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la dévotion populaire depuis le xrve siècle jusqu’à la Réfor- mation ({).

Cet ouvrage expose, selon la méthode figurative, l’his- toire de la chute et de la rédemption. L'histoire univer- selle, jusqu’à la venue du Sauveur, n'aurait été qu’une préfiguration de la vie terrestre de Celui qui devait rache- ter le monde, et aussi de la vie de Marie, l’auxiliaire de Jésus dans l’œuvre rédemptrice. Autrement dit, chaque fait de l'histoire évangélique aurait été annoncé dans l’his toire juive ou profane, antérieure au Christ.

Ces éclaircissements étaient nécessaires pour comprendre le passage suivant, du chapitre XX XV, l’auteur explique que la douleur de la Vierge, après la mort du Christ, avait été préfigurée par la douleur de Michol, fille du roi Saül, quand elle dut répudier son mari David, pour épou- ser Phalthiel :

Dolor beatae Virginis jam praetaxalus Etiam fuit olim in Michol sponsa David figuratus, Quam Sal pater ejus abstulit sponso suo David,

80 Et alteri viro cui nomen Phalthiel desponsavit. Phalthiel autem vir justus et bonus eaim non cognoscchbat, Quia cam legitimam uxorem David esse scicbat ; Ipsa autem seraper in luctu et mocrore perseveravit, Donec reducta est ad verum sponsum suum David.

85 Istud exponi potest de becata Virgine Maria,

Cujus sponsus crat Filius Dei, vera Sophia,

De cujus absentia ipsa in tantum dolebat,

Quod semper in luctu, semper in moerore manebat. Tanto erdore Maria sponsum istum diligebat

90 Quod prac nimio amoris fervore languescebat,

Et hoc est quod ipsa dicit in Canticis Canticorum, Insinuans suorum ardorem desideriorum :

« Filiae Jerusalem, nuntiate dilecto meo

Quia amore jangueo quem scilicet ad ipsum gero. »

(1) Cf. Speculum humanae salvalionis, édition critique, traduction de Jean Miélot, recherches sur les sources ct sur l'influence iconogra- phique, 2 vol. in-fol., dont un de planches, par MM. Lurz et PERDRIZET, en cours de publication à Mulhouse chez Meininger.

BULLETIN MENSUEL DE LA SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

AYTil 1907

Vierge de Saint-Die Vierge du musée de Cluny

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% Magnus dolor est matri absentia filii, Sed major dolor est sponsae absentia sponsi : Mariae autem dolor videtur fuisse maximus, Propter absentiam Christi, qui erat sibi sponsus et filius.

Le chapitre suivant, qui est consacré à l’Assomption, revient sur la mème idée :

Credendum est quod Christus matri suae personaliter occurrebat. Et cum magno jubilo in domum suam introducebat ; Divinis osculis matrem dulcissimam est osculatus, Et melliluis amplexibus ineflabiliter amplexatus ; % Quod videntes angeli admirantes stupcbant Et prae admiratione invicem quaerentes diccbant : a Quae est ista quac ascendit de deserto deliciis affluens, Janixa super dulcem filium tanquam sponsa blandiens ? » Ad hacc respondit Maria sponsa Filii Dei vera : 60 « Inveni, inquit, quem quacsivit et diligit anima mea ; Tenebo eum nec unquam dimittam eum: Tanquam sponsum, tanquam filium, tanquam patrem meum. »

De mème encore, dans les Septem gaudia Beatac Virginis Mariae, qui forment le chapitre XLV et dernier du Specu- lum, aux lignes 193-196 (l’auteur s'adresse à la Vierge) :

Te etiam illa Abigail prudens olim prartendebat, tmebat : Quam propter suam prudentiam rex David sibi sponsam assu-

Ita Rex cælestis elegit te et assumpsit te in sponsam ct amicam, In matrem, in sociam, in sororem et in reginam.

Enfin, dans le chapitre VII, qui est consacré à la gros- sesse de la Vierge, l’auteur dit que l’Ange de l’Annon- ciation fut envoyé par Dieu sur la terre

Ut Filio suo sponsam et matrem quacreret fidelem,

comme Abraham avait envoyé Eliézer chercher une femine pour Isaac. Le vers que nous citons ne se trouve pas sous cette forme dans tous les manuscrits : la variante n’en méritait pas moins d’être rapportée ici.

Nous prouvons, M. Lutz et moi, dans notre édition du

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& Magnus dolor est matri absentia filii, Sed major dolor est sponsae absentia sponsi : Mariae autem dolor videtur fuisse maximus, Propter absentiam Christi, qui erat sibi sponsus et filius.

Le chapitre suivant, qui est consacré à l’Assomption, revient sur la mème idée :

Credendum est quod Christus matri suae personaliter occurrebat. Et cum magno jubilo in domum suam introducebat ; Divinis osculis matrem dulcissimam est osculatus, Et mellifluis amplexibus ineflabiliter amplexatus ; % Quod videntes angeli admirantes stupebant Et prae admiratione invicem quaerentes dicebant : « Quae est ista quac ascendit de deserto deliciis affluens, Janixa super dulcem filium tanquam sponsa blandiens » Ad haec respondit Maria sponsa Filii Dei vera : 60 « Inveni, inquit, quem quacsivit ct diligit anima mea ; Tencbo eum nec unquam dimittam eum Tanquam sponsum, tanquam filium, tanquam patrem meum. »

De même encore, dans les Septem gaudia Beatae Virginis MHariae, qui forment le chapitre XLV et dernier du Specu- lum, aux lignes 193-196 (l’auteur s'adresse à la Vierge):

Te etiamilla Abigail prudens olim practendcbat, [mebat : Quam propter suam prudentiam rex David sibi sponsam assu-

Ita Rex cælestis elegit Le et assumpsit te in sponsam et amicam, In matrem, in sociam, in sororem et in reginam.

Enfin, dans le chapitre VII, qui est consacré à la gros- sesse de la Vierge, l’auteur dit que l’Ange de l’Annon- ciation fut envoyé par Dieu sur la terre

Ut Filio suo sponsam et matrem quacereret fidelem,

comme Abraham avait envoyé Eliézer chercher une femme pour Isaac. Le vers que nous citons ne se trouve pas sous cette forme dans tous les manuscrits : la variante n’en méritait pas moins d’être rapportée ici.

Nous prouvons, M. Lutz et moi, dans notre édition du

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Speculum, que cet ouvrage a été écrit par un dominicain, et qu'il a beaucoup servi aux prédicateurs de l'Ordre de saint Dominique. La tâche principale des religieux de cet ordre était la prédication ; eux-mêmes s’appelaient les Frères Précheurs. Toutes les églises du xive siècle ont retenti de leurs sermons. La mystique dominicaine a exercé une influence incontestable sur l'imagerie pieuse, du xiv® siècle jusqu’au xvie. C’est aux Dominicains qu'il faut attribuer la diffusion de plusieurs thèmes iconographiques, le thème de la Vierge au manteau, le thème de la Vierge montrant son sein nu à Dieu ou du Fils montrant ses plaies au Père pour le fléchir en faveur de l’humanité pécheresse, ou encore le thème du Dieu de vengeance, lançant contre le monde trois flèches, qui sont: la Peste, la Guerre et la « Cherté ». Je crois qu’il faut attribuer également à la mystique dominicaine le thème de l'Enfant passant au doigt de Marie l'anneau nuptial.

L 2 L 2

Il est encore un point sur lequel je me demande s'il faut suivre l’avis de M. Denis : c’est sur la provenance de la statue de Maxéville.

« J'y verrais assez volontiers, écrit-il (1), un produit non encore classé d’un des nombreux ateliers établis à Parisau xiv* siècle, dont le travail du marbre était une spécialité et d'où sont sorties la plupart des vierges de marbre actuelle- ment connues. »

La route qui menait de la basse vallée de la Meurthe jusqu’à Paris était alors bien longue. Pourquoi ne pas admettre, tout simplement, que cette statue d’une église rustique de la Lorraine a été faite en Lorraine ? Nous connaissons mal la sculpture en Lorraine au xive siècle: mais je me résignerai difficilement à admettre qu'à l'om-

(1) Ar. cit. p. 969.

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bre dés grandes cathédrales de Toul et de Metz, n'aient point travaillé d’imagiers. La Vierge de Maxéville est peut-être la preuve qu'il y a eu au xive siècle, comme il y en avait partout aïlleurs, des statuaires en Lorraine. Peut-être même n'estce pas la seule œuvre que nous soyons en droit, dès à présent, de leur attribuer. La statuette de Cluny, dont nous parlions tantôt, est tellement pareille à la statue de Maxéville, non seulement par les gestes de l’Enfant et de la Vierge, mais par l'attitude géné- rale du groupe et par le traitement de la draperie, que je serais tenté d’y voir deux productions d’un même atelier et d’un atelier lorrain. La statuette de Cluny est attri- buée, il est vrai, à la Bourgogne, et c’est une attribution que le livre de M. Mâle va faire tenir nour certaine. En réalité, il résulte de renseignements obtenus au musée de Cluny, que la statue en question provenait, d'après son ancien possesseur, Louis-Charles Timbal, de l’ « Est de la France. » Je crois qu’il faut entendre par là, non la Bourgogne, mais la Lorraine, non seulement à cause de la ressemblance que la statuette du musée de Cluny offre avec Ja statue de Maxéville, mais encore à cause de la ressem- blance qu'elles offrent l’une et l’autre avec la plus connue des Vierges lorraines du xiv° siècle, la Vierge du cloître de la cathédrale de Saint-Dié (1). Dans ces trois figures, c'est la même façon, ample et large, de traiter la draperie : on sent, à regarder ces grands et nobles plis, que les tradi- tions de simplicité majestueuse, dont le xur° siècle semble avoir emprunté le secret à l’art antique, n'étaient pas en- core perdues. Je crois que ces trois sculptures,